Emeutes Février 2008. Cameroun : Il y a trois ans, les émeutes de février 2008

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  • Publié : Mardi le 22 Février 2011 13:58:33 |
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  • Société |

Quatre jours d’émeutes à Douala. Des centaines de jeunes ont également envahi les rues de Yaoundé et d’autres villes du Cameroun.

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Il est 17 heures 30 minutes. Ce  23 février 2008 , lorsque Jean Michel Nintcheu, député  à l’Assemblée nationale et alors président provincial du Social Democratic Front pour le Littoral, annonce l’annulation du meeting qu’il avait projeté au rond point de Madagascar ce jour-là. Son appel avait été entendu pat une centaine de partisans.

Pas plus. Plusieurs journalistes nationaux et étrangers avaient également honoré ce rendez-vous, dans un contexte de vives tensions sociales. Mais l’autorité administrative, précisément le sous-préfet de l’arrondissement de Douala 3ème, a opposé une fin de non recevoir. Nintcheu et ses camarades quittent le carrefour Madagascar, peu avant 18 heures. Les éléments de la police vident également les lieux. Aussitôt, un char de la gendarmerie débarque à Madagascar, accompagné d’une escouade de gendarmes. S’ensuivent jets d’eau, irruption violente dans les maisons et passage à tabac sans discrimination. Tard dans la nuit, le bilan établi par diverses sources est lourd : deux morts et de nombreux blessés par balles. La population promet alors de se faire entendre le 25 février, jour de grève annoncé par les syndicats de transporteurs.

Lundi 25 février 2008. Des colonnes de fumée noire s’élèvent partout dans la ville de Douala. Très tôt dans la matinée, des transporteurs avaient en effet érigé des barricades aux principaux carrefours où ils ont mis le feu aux vieux pneus et incendié des kiosques installés sur le trottoir. Zéro moto, zéro taxi, zéro bus. La marche à pied devenu le seul mode de déplacement, se fait dans la difficulté. Les balles sifflent partout. La radio trottoir annonce des morts : un au feu rouge Bessenguè, un à Brazzaville, un à New-Déido, un à Bonabéri, « beaucoup » sur le pont du Wouri. Le lendemain 26 février, les grévistes maintiennent les piquets de grève partout. Ils tiennent la rue. Des magasins sont pillés. Les vitres volent en éclat dans les stations service qui sont saccagées les unes après les autres. Les premiers morts réels sont promenés en ville par des manifestants en colère.

Arrestations
Mercredi 27 février, la grève tient toujours. Les incendies et les pillages continuent. La police et la gendarmerie étant débordées, les premiers militaires font leur entrée dans la danse. Ils tirent à balles réelles. Des éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir) sont déployés aux points sensibles. La tension baisse à un rythme lent. Un discours du chef de l’Etat est annoncé pour la soirée, à 20 heures. L’adresse de Paul Biya calme davantage les esprits. Mais un décompte de la presse fait état d’au moins 35 morts, des centaines d’arrestations et autant de blessés. Le 28 février, la fumée s’élève toujours des braises. Mais il n’y a plus de tirs et des casses. Seule la peur continue alors de régner dans une ville qui a failli basculer dans le chao.

A Yaoundé, le lundi 25 février 2008, personne n’ose penser à un soulèvement populaire. On sait tout juste que les conducteurs de taxi ont annoncé une grève pour protester contre la hausse du prix du carburant. Le mot d’ordre est plus ou moins suivi dans la capitale du Cameroun aux premières heures de la journée. Sans plus.  Autour de 10h, des informations font état d’un début d’émeute à Douala. On parle également de mouvements dans d’autres villes du Cameroun. Dschang, Bafoussam, etc.
A Yaoundé, c’est le calme. Du moins en journée, car, dans la soirée, on évoque quelques mouvements de foule dans les quartiers Essos et Mimboman. Le lendemain, pourtant, c’est toujours de Douala que viennent les nouvelles les plus chaudes. La grève des taxis se poursuit à Yaoundé.

Mercredi 27 février 2008. Les populations de la capitale sortent de chez eux avec, à l’esprit, l’accord trouvé la veille entre le gouvernement et les syndicats de transporteurs urbains. Les taxis doivent donc reprendre leur activité. C’est même le cas dans les premières heures de la matinée, avant que la capitale s’embrase pour de vrai. A Biyem Assi, Mokolo, Tsinga, Essos… des jeunes gens en furie mettent le feu à tout ce qui peut brûler facilement : kiosques, bancs et autres objets en bois. Les taxis regagnent les garages, l’armée gagne la rue et saute sur les manifestants.
Des jeunes gens sont roués de coup par les militaires qui les soupçonnent d’être des émeutiers. Beaucoup sont arrêtés et jetés en prison. Plusieurs d’entre eux seront condamnés pour leur participation à ces émeutes.


Denis Nkwebo et Jules Romuald Nkonlak

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