Cameroun - Politique. Maurice Kamto : le candidat de l'ouest pour 2018?

  • camnews24.net |
  • Publié : Mercredi le 01 Février 2012 05:32:56 |
  • Société |

Un professeur agrégé d’université analyse la dernière sortie de l’ex ministre démissionnaire du gouvernement. Il fait aussi des remarques sur sa candidature prématurée à l’élection présidentielle à venir. En ma qualité de citoyen camerounais, j’étais destinataire du communiqué de Maurice Kamto du 30 novembre 2011, adressé au peuple camerounais, annonçant sa démission de son poste de Ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre chargé de la Justice.

| Nous suivre sur facebook | Nous suivre sur twitter | Imprimer | Envoyer cet article à


En cette même qualité, je suis destinataire de la déclaration liminaire largement diffusée dans divers supports médiatiques, qu’il avait prévu de prononcer lors de sa conférence de presse avortée du 25 janvier 2012. Une conférence qui visait, à « donner sens » à son retrait du gouvernement. J’ai par conséquent lu d’un œil attentif et critique, son dernier mélange de prose et de poésie à l’adresse des Camerounais.

En ma qualité d’intellectuel jouissant de ses droits civils et politiques et épris de liberté (d’expression et d’opinion notamment), je suis en devoir d’éclairer mes concitoyens qui investissent la majeure partie de leur temps dans autre chose que la réflexion sur le texte diffusé par le ministre démissionnaire deux mois après son départ tonitruant du Gouvernement de la République.

Le délai de deux mois s’explique sans doute par le recours à la technique de communication du teasing qui consiste à aguicher le chaland ou à rehausser l’intérêt d’un événement qui en a beaucoup moins en suscitant un suspense artificiellement entretenu par une communication en plusieurs étapes. La tentative d’auto-justification de Maurice Kamto vise en effet faussement à « donner sens » à une démission prévisible et prévue, par ailleurs banale tant dans ses mobiles que dans ses motifs.

Contrairement à ce que retient une partie de l’opinion, les actes de démission du gouvernement sont relativement rares sous tous les cieux, pas seulement en Afrique ou au Cameroun. La raison en est simple : l’on est difficilement coopté dans un gouvernement sans en avoir exprimé un désir profond et sans justifier de liens solides avec le régime en place. Le cas de monsieur Nana Sinkam qui avait décliné une nomination au gouvernement après la constitution de celui-ci constitue à cet égard l’exception qui confirme la règle.

Il en va autrement de Maurice Kamto que l’on a vu plaider pour son intégration au gouvernement à coups d’éditoriaux calculés dans les colonnes du quotidien Mutations immédiatement après la présidentielle d’octobre 2004. D’anciens membres du Gouvernement témoignent également de ce que, pendant les sept dernières années, il a « beaucoup fait pour s’y maintenir ».

Contrairement encore à ce que retient une partie de l’opinion, toutes les démissions du gouvernement ne sont pas tapageuses. Pour s’en tenir à un seul exemple, Edouard Koulla, l’ancien ministre des Finances, a démissionné du gouvernement en 1987 sans tambour ni trompettes.
En revanche, les cas mieux connus de Garga Haman Adji, qui a démissionné du poste de ministre de la Fonction publique, et de Titus Edzoa, qui a démissionné du poste de ministre de la Santé, signalaient les prochaines étapes du parcours du nouveau démissionnaire.

Les deux premiers ayant démissionné avec fracas, ils se sont dès que possible portés à la tête d’un mouvement politique et se sont portés candidats à l’élection présidentielle (le premier n’a jamais dépassé les 3% de suffrages et le second est en prison depuis 14 ans pour détournement de deniers publics). Il était par conséquent prévisible – et prévu – qu’après avoir déclenché un vacarme autour de sa démission, Maurice Kamto prendrait par la suite la tête d’un parti politique et qu’il se porterait candidat à l’élection présidentielle à venir.

C’est ce qu’il a fait en annonçant précipitamment, explicitement et maladroitement : « [n]ous serons du mouvement […] nous présenterons au pays, dans les temps qui viennent, des idées et une équipe pour les porter », alors que, dans le reste du texte, il parle de lui à la première personne du singulier. Le nom de son mouvement politique est également dévoilé : « La Renaissance du Cameroun ».

Rien d’étonnant pour celui que nous avions déjà identifié, dans un numéro spécial de La Nouvelle Expression préparé par nos soins en 2002, comme l’un des possibles candidats à une future élection présidentielle au Cameroun, près d’une décennie avant la publication des cables de WikiLeaks.

Jusque-là donc, rien de nouveau sous le soleil.

Il n’en demeure pas moins que l’ambition politique affichée dans le texte diffusé le 26 janvier 2012, moins de quatre mois après le début du nouveau septennat de l’actuel président, c'est-à-dire quasiment à sept ans de l’échéance désirée par son auteur est incontestablement précoce. Il s’agit même d’une hérésie politique, tant il est vrai que les candidats à l’élection majeure sortent rarement du bois plus de deux ans avant l’échéance.

C’est aussi le signe d’une ignorance profonde du fonctionnement de la politique au Cameroun où il est impossible de mobiliser des soutiens et des foules pour un projet en dehors de toute perspective immédiate permettant aux opportunistes, qui constituent le gros de troupes, d’entrevoir distinctement l’avantage qu’ils peuvent en tirer.

La raison de cette précipitation tient sans doute de ce que cet ancien ministre, habitué à être sous les feux de la rampe, ne supporte pas la solitude à laquelle le condamne sa sortie du gouvernement et le scepticisme tenace de ses anciens amis de l’opposition. C’est donc un homme aux abois, qui croyait facilement se réinstaller dans la grande famille de l’opposition camerounaise en candidat providentiel, mais qui ne perçoit aucune effervescence – ou si peu – autour de lui en termes d’engagement, qui se démène pour tenter de susciter quelque ferveur autour de son personnage au parcours trouble.

Il essaie d’abord de se réhabiliter au sein de l’opposition, avant de se livrer à un diagnostic partiel, peu original et en définitive non convaincant de la société politique camerounaise, en distillant au passage quelques unes de ses idées majeures sur le Cameroun de demain.

Le souci de se réhabiliter au sein de l’opposition s’extirpe de sa prose/poésie dont les trois cinquièmes sont consacrés à une triple tentative de justification.

1-Maurice Kamto essaie d’abord de parer le tombereau de critiques aussi violentes que dévastatrices, venant de toutes part, qui se sont déversées sur lui au sujet des circonstances de sa démission, en protestant et en s’auto-congratulant pitoyablement : « [j]e l’ai fait avec loyalisme, au terme d’une démarche républicaine respectueuse de la très haute fonction et des prérogatives du chef de l’Exécutif », écrit-il.

Quid des prérogatives du Premier ministre, Chef du Gouvernement auquel il appartenait ? N’est-ce pas une institution républicaine ? Quid des prérogatives de son supérieur hiérarchique direct ? Quoiqu’il en soit, le démissionnaire se fait juge et partie, dès lors que ce n’est du reste pas à lui qu’il appartient d’apprécier le loyalisme de sa démission ou de l’exercice de ses fonctions. L’on comprend en tout état de cause que sa manière de respecter les fonctions et les prérogatives du chef de l’Etat consiste à porter des appréciations de loyalisme sur l’un de ses anciens collaborateurs en ses lieu et place.

2-L’ancien ministre de Paul Biya tente ensuite de se (re)donner une légitimité d’opposant historique en rappelant des faits d’armes dont le caractère dérisoire, voire illusoire, crève les yeux. Quel mérite ce transfuge, dont les options politiques changent avec la direction du vent, a-t-il à rappeler son leadership lors d’un mouvement d’humeur estudiantin dans lequel il n’y avait, au fond, rien à conquérir, mais où il fallait simplement obtenir l’extension aux étudiants d’un établissement de nouvelles règles librement décidées par le pouvoir ?

Quel mérite peut-on avoir à rejoindre la caravane de campagne de l’Union pour le changement à la onzième heure comme il l’a fait en 1992 ? Quel mérite a-t-on à démissionner d’un gouvernement en bout de course, alors que sa non reconduction était absolument certaine en raison, entre autres motifs, de sa non participation publique à la campagne de la présidentielle du 9 octobre 2011, ce qui montre que sa loyauté à John Fru Ndi est plus forte que son allégeance à Paul Biya ? Quel désintéressement peut-on reconnaître à celui qui attend de bénéficier de l’onction du chef de l’Etat pour sa réélection à la Commission du droit international des Nations Unies le 17 novembre 2011 pour un nouveau mandat de cinq ans avant de commencer à déménager ses affaires du ministère de la Justice ?

3-Maurice Kamto essaie enfin de faire digérer son entrée au gouvernement à la grande famille de l’opposition en expliquant au public qu’il ignorait les caractéristiques qu’il impute au régime qu’il a décidé de rejoindre après l’avoir observé pendant plus de vingt ans, entre novembre 1983, date de son retour au Cameroun et l’année 2004 où il a remué ciel et terre pour entrer au gouvernement. Je « rêvais », avoue-t-il, dans une effarante feinte de candeur. Nous devons donc croire qu’il a continué de « rêver » pendant les sept ans de sa participation au gouvernement de Paul Biya.

En ce qui concerne le diagnostic qu’il fait de la société politique camerounaise, il mêle la mauvaise foi et les poncifs colportés dans les journaux à une resucée du diagnostic de Paul Biya.
1-Sa mauvaise foi s’illustre par l’absence alléguée de stratégie de développement du Cameroun dans le monde globalisé, alors que le « Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) », qui constitue le « Cadre de référence de l’action gouvernementale pour la période 2010-2020 », a été élaboré depuis le mois d’août 2009 et alors surtout que le document intitulé « Cameroun : Vision 2035 » est disponible depuis le mois de juin 2009.

Ces deux outils témoignent incontestablement de la planification stratégique proactive et méthodique du Gouvernement.

2-Le recours aux poncifs colportés dans les journaux et par des agitateurs en mal de notoriété ou d’électeurs apparaît, lorsqu’il invoque sans autre précision le fléau du tribalisme dans un contexte où, par ignorance, nombre de camerounais assimilent au tribalisme l’équilibre régional ou la protection des minorités et des peuples autochtones qui participent des normes de protection des droits de l’homme et des peuples adoptées par l’Union africaine et les Nations Unies. L’on pourrait en dire autant de sa référence aux « replis identitaires ».

Celle-ci résume son adhésion à l’idée que « la nation est la figure du progrès et l’ethnie celle du retard » , révélant du même coup les préjugés évolutionnistes qui guident sa péjorisation radicale de la protection des minorités dans les ouvrages où il affirme avoir consigné sa « pensée profonde sur l’état politique de notre société ».




3-Enfin, l’on retrouve curieusement une resucée du diagnostic et du programme de Paul Biya, lorsque l’ancien ministre délégué fustige « l’immobilisme », et envisage « une agriculture modernisée ». Qui n’a en effet entendu Paul Biya houspiller itérativement l’immobilisme et l’inertie au sein des administrations camerounaises ? Qui ne se souvient de son discours-programme sur la modernisation de l’agriculture lors de l’ouverture du Comice agro-pastoral d’Ebolowa en 2011 ?

En revanche, comme me le faisait remarquer un aîné, Maurice Kamto garde un silence révélateur sur les tares les plus visibles de la société camerounaise qui ont pour nom : la corruption, l’affairisme et l’incivisme urbain. Pourquoi ?
Pour la présidentielle à venir, des candidats de valeur nous viendront en temps opportun de l’Adamaoua, du Centre, de l’Est, de l’Extrême Nord, du Littoral, du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Sud, du Sud-Ouest ou encore de la diaspora.

Professeur James Mouangue Kobila
Agrégé de Droit public

 

LES COMMENTAIRES

LES COMMENTAIRES

ENTREZ VOTRE COMMENTAIRE


Réagir

Saisissez ce code CAPTCHA code dans la zone de texte ci-dessous

SUR LE MEME SUJET : Cameroun - Politique

Cameroun - Politique : Controverse : Qui est le père de la rotation régionale du pouvoir ? (924)
Cameroun - Politique : Présidentielle 2018: Le Pr Maurice Kamto appelle à la réforme d’Elecam (1107)
Cameroun - Politique : Sérail : Les ennuis de l’intendant de la présidence (1416)
Cameroun - Politique : La danse du ventre (1353)
Cameroun - Politique : Computerization of Civil Status Imminent (3116)
Cameroun - Politique : Après-Biya : Ils se voient au palais de l’Unité (3612)
Cameroun - Politique : Présidentielle 2018: La motion du Manidem à Biya (1721)
Cameroun - Politique : Quand les autorités politiques de Zoétélé défient la parole de Biya (4594)
Cameroun - Politique : Kribi: Le Rdpc s’affronte par meetings interposés (3264)
Cameroun - Politique : Cameroun : le Premier ministre pour une présidentielle anticipée (2174)
Cameroun - Politique : Prochaine présidentielle : la Mefou et Afamba pour une candidature de Paul Biya (6059)
Cameroun - Politique : Météo : Tartuferie, goujaterie, menterie, momerie (6481)
Cameroun - Politique : Les appels à la candidature de Paul Biya en de 2018 relèvent de la provocation (5161)
Cameroun - Politique : Sérail : Administration territoriale : les nominations à problèmes de Sadi (5682)
Cameroun - Politique : Présidentielle 2018: Les militants Rdpc du Wouri supplient aussi Paul Biya (7132)
Cameroun - Politique : Présidentielle 2018: Bientôt l’appel de l’Ouest ? (5656)
Cameroun - Politique : LE SYSTEME POLITIQUE DES PRESIDENTS-ROIS et leur droit de désignation du successeur (6010)
Cameroun - Politique : Cameroun : les 100 jours du gouvernement Yang III (4369)
Cameroun - Politique : Hommage - Ousmane Mey Abba : le patriote qui a servi deux régimes (6352)
Cameroun - Politique : Questions d’actualité: Les partis politiques s’impliquent (7270)
Cameroun - Politique : Des appels se multiplient pour la candidature de Paul Biya à la présidentielle (7714)
Cameroun - Politique : Commandement territorial : Les petits cadeaux de Paul Biya (7427)
Cameroun - Politique : Gouvernement : Le onze des invisibles (6846)
Cameroun - Politique : Sud: Fame Ndongo appelle à la candidature de Biya en 2018 (4939)
Cameroun - Politique : Elections au Rdpc :La démocratie étranglée chez Paul Biya (4915)
Cameroun - Politique : Présidentielle 2018 : Les ambitions du Front des forces républicaines (5383)
Cameroun - Politique : Fotokol : Imbroglio dans le RDPC (4849)
Cameroun - Politique : Discours : Le Cameroun vu par Ni John Fu Ndi (5722)
Cameroun - Politique : Batcham : Le nouveau chef supérieur a 13 ans (10950)
Cameroun - Politique : Bafoussam : L’UPC sur la tombe d’Ernest Ouandié (4712)

DANS LA MEME RUBRIQUE : Société

Cameroun - Maroc : Le camerounais Financia Capital reçoit le label Casablanca Finance City (821)
Cameroun - Nécrologie : Cameroun : l’ancien ministre Louis Bapès Bapès est décédé à Yaoundé (907)
Cameroun - Economie : Décentralisation : la Banque mondiale octroie 64 millions d’euros au Cameroun (821)
Cameroun - Faits divers : Cameroun: la fille de Biya s'excuse d'avoir pris un taxi pour 200.000 FCFA (926)
Cameroun - Travaux publics : Cameroun : plusieurs contrats d'entretien routier résiliés par le gouvernement (828)
Lutte contre Boko Haram : Quatre morts dans des attentats de Boko Haram au Nord du Cameroun (868)
Cameroun - Consommation : Consommation : Le Cameroun boit 80% de lait importé (1452)
Syrie : Daech publie la vidéo d’une nouvelle exécution (1566)
Cameroun - Nécrologie : Urgent: L'ancien ministre Louis Bapès Bapès est décédé (1977)
Affaire Edward Snowden : Nouvelles révélations de Snowden sur le renseignement britannique (1539)
WikiLeaks : Julian Assange a été « détenu arbitrairement » par la Suède et la Grande-Bretagne, estime l’ONU (1483)
Cameroun - Education : Universités: Les critères du classement (1629)
Cameroun - Economie : Investissement public 2015: Exécuté à environ 88% (1603)
Cameroun - Emploi : Emplois jeunes: Les nouveaux gisements (1662)
Cameroun - Faits divers : Bangangté: Un élève tente d’assassiner son surveillant général (1652)
Cameroun - Travaux publics : Entretien routier: Les entreprises défaillantes sanctionnées (1715)
Cameroun - Faits divers : Crimes rituels: Les souvenirs macabres de Mimboman… (1717)
Cameroun - Faits divers : Atrocités: Quand les crimes rituels se déplacent de l'Ouest (1957)
Cameroun - Education : Douala: Scènes de désordre à l'école (1718)
Cameroun - Faits divers : Drame: La tête d’une fillette a été coupée (1874)
Cameroun - Economie : Décentralisation : La Banque mondiale prête 42 milliards F Cfa au Cameroun (2038)
Cameroun - Travaux publics : Autoroute Yaoundé-Nsimalen : Etat d’avancement à 30% (2070)
Cameroun - Allemagne : L’Allemagne parie sur le cacao et le café pour booster son commerce avec le Cameroun (1824)
Cameroun - Elevage : 2016 est déclaré «année du lait» par le ministère camerounais de l’Elevage et des Pêches (1801)
Cameroun - Emploi : Le Plan d’urgence 2015-2017 induira la création de 35000 emplois, selon le gouvernement camerounais (1846)
Cameroun - Economie : Programme National de Développement Participatif: 42 milliards pour la troisième phase (1812)
Cameroun - Télécommunication : Le Cameroun comptait 16,80 millions d’abonnés au mobile en 2015 (régulateur) (1855)
Cameroun - Economie : Inquiétudes autour du rythme de ré-endettement du Cameroun (1808)
France : Strasbourg: L'homme avait presque 19 enfants (5126)
Cameroun - Environnement : Degasing Of Lakes Nyos, Monoun:Cameroonians To Take Over Monitoring Next April (3188)