Cameroun - Politique

Maurice Kamto : le candidat de l'ouest pour 2018?

Un professeur agrégé d’université analyse la dernière sortie de l’ex ministre démissionnaire du gouvernement. Il fait aussi des remarques sur sa candidature prématurée à l’élection présidentielle à venir. En ma qualité de citoyen camerounais, j’étais destinataire du communiqué de Maurice Kamto du 30 novembre 2011, adressé au peuple camerounais, annonçant sa démission de son poste de Ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre chargé de la Justice.

 


En cette même qualité, je suis destinataire de la déclaration liminaire largement diffusée dans divers supports médiatiques, qu’il avait prévu de prononcer lors de sa conférence de presse avortée du 25 janvier 2012. Une conférence qui visait, à « donner sens » à son retrait du gouvernement. J’ai par conséquent lu d’un œil attentif et critique, son dernier mélange de prose et de poésie à l’adresse des Camerounais.

En ma qualité d’intellectuel jouissant de ses droits civils et politiques et épris de liberté (d’expression et d’opinion notamment), je suis en devoir d’éclairer mes concitoyens qui investissent la majeure partie de leur temps dans autre chose que la réflexion sur le texte diffusé par le ministre démissionnaire deux mois après son départ tonitruant du Gouvernement de la République.

Le délai de deux mois s’explique sans doute par le recours à la technique de communication du teasing qui consiste à aguicher le chaland ou à rehausser l’intérêt d’un événement qui en a beaucoup moins en suscitant un suspense artificiellement entretenu par une communication en plusieurs étapes. La tentative d’auto-justification de Maurice Kamto vise en effet faussement à « donner sens » à une démission prévisible et prévue, par ailleurs banale tant dans ses mobiles que dans ses motifs.

Contrairement à ce que retient une partie de l’opinion, les actes de démission du gouvernement sont relativement rares sous tous les cieux, pas seulement en Afrique ou au Cameroun. La raison en est simple : l’on est difficilement coopté dans un gouvernement sans en avoir exprimé un désir profond et sans justifier de liens solides avec le régime en place. Le cas de monsieur Nana Sinkam qui avait décliné une nomination au gouvernement après la constitution de celui-ci constitue à cet égard l’exception qui confirme la règle.

Il en va autrement de Maurice Kamto que l’on a vu plaider pour son intégration au gouvernement à coups d’éditoriaux calculés dans les colonnes du quotidien Mutations immédiatement après la présidentielle d’octobre 2004. D’anciens membres du Gouvernement témoignent également de ce que, pendant les sept dernières années, il a « beaucoup fait pour s’y maintenir ».

Contrairement encore à ce que retient une partie de l’opinion, toutes les démissions du gouvernement ne sont pas tapageuses. Pour s’en tenir à un seul exemple, Edouard Koulla, l’ancien ministre des Finances, a démissionné du gouvernement en 1987 sans tambour ni trompettes.
En revanche, les cas mieux connus de Garga Haman Adji, qui a démissionné du poste de ministre de la Fonction publique, et de Titus Edzoa, qui a démissionné du poste de ministre de la Santé, signalaient les prochaines étapes du parcours du nouveau démissionnaire.

Les deux premiers ayant démissionné avec fracas, ils se sont dès que possible portés à la tête d’un mouvement politique et se sont portés candidats à l’élection présidentielle (le premier n’a jamais dépassé les 3% de suffrages et le second est en prison depuis 14 ans pour détournement de deniers publics). Il était par conséquent prévisible – et prévu – qu’après avoir déclenché un vacarme autour de sa démission, Maurice Kamto prendrait par la suite la tête d’un parti politique et qu’il se porterait candidat à l’élection présidentielle à venir.

C’est ce qu’il a fait en annonçant précipitamment, explicitement et maladroitement : « [n]ous serons du mouvement […] nous présenterons au pays, dans les temps qui viennent, des idées et une équipe pour les porter », alors que, dans le reste du texte, il parle de lui à la première personne du singulier. Le nom de son mouvement politique est également dévoilé : « La Renaissance du Cameroun ».

Rien d’étonnant pour celui que nous avions déjà identifié, dans un numéro spécial de La Nouvelle Expression préparé par nos soins en 2002, comme l’un des possibles candidats à une future élection présidentielle au Cameroun, près d’une décennie avant la publication des cables de WikiLeaks.

Jusque-là donc, rien de nouveau sous le soleil.

Il n’en demeure pas moins que l’ambition politique affichée dans le texte diffusé le 26 janvier 2012, moins de quatre mois après le début du nouveau septennat de l’actuel président, c'est-à-dire quasiment à sept ans de l’échéance désirée par son auteur est incontestablement précoce. Il s’agit même d’une hérésie politique, tant il est vrai que les candidats à l’élection majeure sortent rarement du bois plus de deux ans avant l’échéance.

C’est aussi le signe d’une ignorance profonde du fonctionnement de la politique au Cameroun où il est impossible de mobiliser des soutiens et des foules pour un projet en dehors de toute perspective immédiate permettant aux opportunistes, qui constituent le gros de troupes, d’entrevoir distinctement l’avantage qu’ils peuvent en tirer.

La raison de cette précipitation tient sans doute de ce que cet ancien ministre, habitué à être sous les feux de la rampe, ne supporte pas la solitude à laquelle le condamne sa sortie du gouvernement et le scepticisme tenace de ses anciens amis de l’opposition. C’est donc un homme aux abois, qui croyait facilement se réinstaller dans la grande famille de l’opposition camerounaise en candidat providentiel, mais qui ne perçoit aucune effervescence – ou si peu – autour de lui en termes d’engagement, qui se démène pour tenter de susciter quelque ferveur autour de son personnage au parcours trouble.

Il essaie d’abord de se réhabiliter au sein de l’opposition, avant de se livrer à un diagnostic partiel, peu original et en définitive non convaincant de la société politique camerounaise, en distillant au passage quelques unes de ses idées majeures sur le Cameroun de demain.

Le souci de se réhabiliter au sein de l’opposition s’extirpe de sa prose/poésie dont les trois cinquièmes sont consacrés à une triple tentative de justification.

1-Maurice Kamto essaie d’abord de parer le tombereau de critiques aussi violentes que dévastatrices, venant de toutes part, qui se sont déversées sur lui au sujet des circonstances de sa démission, en protestant et en s’auto-congratulant pitoyablement : « [j]e l’ai fait avec loyalisme, au terme d’une démarche républicaine respectueuse de la très haute fonction et des prérogatives du chef de l’Exécutif », écrit-il.

Quid des prérogatives du Premier ministre, Chef du Gouvernement auquel il appartenait ? N’est-ce pas une institution républicaine ? Quid des prérogatives de son supérieur hiérarchique direct ? Quoiqu’il en soit, le démissionnaire se fait juge et partie, dès lors que ce n’est du reste pas à lui qu’il appartient d’apprécier le loyalisme de sa démission ou de l’exercice de ses fonctions. L’on comprend en tout état de cause que sa manière de respecter les fonctions et les prérogatives du chef de l’Etat consiste à porter des appréciations de loyalisme sur l’un de ses anciens collaborateurs en ses lieu et place.

2-L’ancien ministre de Paul Biya tente ensuite de se (re)donner une légitimité d’opposant historique en rappelant des faits d’armes dont le caractère dérisoire, voire illusoire, crève les yeux. Quel mérite ce transfuge, dont les options politiques changent avec la direction du vent, a-t-il à rappeler son leadership lors d’un mouvement d’humeur estudiantin dans lequel il n’y avait, au fond, rien à conquérir, mais où il fallait simplement obtenir l’extension aux étudiants d’un établissement de nouvelles règles librement décidées par le pouvoir ?

Quel mérite peut-on avoir à rejoindre la caravane de campagne de l’Union pour le changement à la onzième heure comme il l’a fait en 1992 ? Quel mérite a-t-on à démissionner d’un gouvernement en bout de course, alors que sa non reconduction était absolument certaine en raison, entre autres motifs, de sa non participation publique à la campagne de la présidentielle du 9 octobre 2011, ce qui montre que sa loyauté à John Fru Ndi est plus forte que son allégeance à Paul Biya ? Quel désintéressement peut-on reconnaître à celui qui attend de bénéficier de l’onction du chef de l’Etat pour sa réélection à la Commission du droit international des Nations Unies le 17 novembre 2011 pour un nouveau mandat de cinq ans avant de commencer à déménager ses affaires du ministère de la Justice ?

3-Maurice Kamto essaie enfin de faire digérer son entrée au gouvernement à la grande famille de l’opposition en expliquant au public qu’il ignorait les caractéristiques qu’il impute au régime qu’il a décidé de rejoindre après l’avoir observé pendant plus de vingt ans, entre novembre 1983, date de son retour au Cameroun et l’année 2004 où il a remué ciel et terre pour entrer au gouvernement. Je « rêvais », avoue-t-il, dans une effarante feinte de candeur. Nous devons donc croire qu’il a continué de « rêver » pendant les sept ans de sa participation au gouvernement de Paul Biya.

En ce qui concerne le diagnostic qu’il fait de la société politique camerounaise, il mêle la mauvaise foi et les poncifs colportés dans les journaux à une resucée du diagnostic de Paul Biya.
1-Sa mauvaise foi s’illustre par l’absence alléguée de stratégie de développement du Cameroun dans le monde globalisé, alors que le « Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) », qui constitue le « Cadre de référence de l’action gouvernementale pour la période 2010-2020 », a été élaboré depuis le mois d’août 2009 et alors surtout que le document intitulé « Cameroun : Vision 2035 » est disponible depuis le mois de juin 2009.

Ces deux outils témoignent incontestablement de la planification stratégique proactive et méthodique du Gouvernement.

2-Le recours aux poncifs colportés dans les journaux et par des agitateurs en mal de notoriété ou d’électeurs apparaît, lorsqu’il invoque sans autre précision le fléau du tribalisme dans un contexte où, par ignorance, nombre de camerounais assimilent au tribalisme l’équilibre régional ou la protection des minorités et des peuples autochtones qui participent des normes de protection des droits de l’homme et des peuples adoptées par l’Union africaine et les Nations Unies. L’on pourrait en dire autant de sa référence aux « replis identitaires ».

Celle-ci résume son adhésion à l’idée que « la nation est la figure du progrès et l’ethnie celle du retard » , révélant du même coup les préjugés évolutionnistes qui guident sa péjorisation radicale de la protection des minorités dans les ouvrages où il affirme avoir consigné sa « pensée profonde sur l’état politique de notre société ».




3-Enfin, l’on retrouve curieusement une resucée du diagnostic et du programme de Paul Biya, lorsque l’ancien ministre délégué fustige « l’immobilisme », et envisage « une agriculture modernisée ». Qui n’a en effet entendu Paul Biya houspiller itérativement l’immobilisme et l’inertie au sein des administrations camerounaises ? Qui ne se souvient de son discours-programme sur la modernisation de l’agriculture lors de l’ouverture du Comice agro-pastoral d’Ebolowa en 2011 ?

En revanche, comme me le faisait remarquer un aîné, Maurice Kamto garde un silence révélateur sur les tares les plus visibles de la société camerounaise qui ont pour nom : la corruption, l’affairisme et l’incivisme urbain. Pourquoi ?
Pour la présidentielle à venir, des candidats de valeur nous viendront en temps opportun de l’Adamaoua, du Centre, de l’Est, de l’Extrême Nord, du Littoral, du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Sud, du Sud-Ouest ou encore de la diaspora.

Professeur James Mouangue Kobila
Agrégé de Droit public

 

camnews24.net Publié : Mercredi le 01 Février 2012 05:32:56 5094 hit(s) 0 commentaire(s) Société Imprimer Envoyer cet article à

ENTREZ VOTRE COMMENTAIRE


Votre nom

Nombre de caractères restant :

LES COMMENTAIRES

SUR LE MEME SUJET : Cameroun - Politique


 Cameroun - Diffamation: Cavaye dit n'avoir pas porté plainte à Magnus Biaga du Journal "Emergence"
 Cameroun - Séjour en Europe: Près d’un milliard de FCFA pour les dépenses de Paul Biya
 Parc immobilier de l’Etat: la Présidence arrache «l’immeuble de la mort» à la CNPS
 Cameroun - Après le sommet Eu-Afrique: Où est passé le Chef de l'Etat, Paul Biya ?
 Cameroun : forte baisse de la dotation générale consacrée à la décentralisation
 Cameroun - 6 Avril 1984: Une fosse commune des putschiststes retrouvée à Mfou - Les propriétaires d'un terrain où ont été enterrés des putschistes réclament une indemnisation
 Cameroun - Blocage - Paul Biya: L'inaccessible Président
 Cameroun - Prise d’otages a Maroua: Cavaye Yéguié Djibril interpelle le Gouvernement
 Cameroun - Affaire Bapès Bapès: Malaise au sein du gouvernement?
 Cameroun - Session ordinaire de mars: Aucun projet de loi d’envergure déposé à l’Assemblée nationale
 Cameroun - 6 avril 1984: Le pic d’un malaise sociopolitique
 Cameroun - 6 Avril 1984 - Riposte: Ce que Paul Biya répondait aux putschistes
 Cameroun - Sommet de l’Etat: Paul Biya gouverne-t-il encore le Cameroun ?
 Cameroun - Décentralisation, salaire des maires: Le Minatd annonce des éclaircies
 Cameroun/Belgique - Bruxelles: La diaspora se mobilise pour le couple présidentiel
 Cameroun: Le président Paul Biya à Bruxelles
 SUD,Ebolowa :An 29 du rdpc le président de la section Mvila centre piège le Biyiti bi Essam
 Cameroun - Assemblée Nationale: Mbah Ndam et Gaston Komba s’affrontent - L’entretien croisé des députés du Sdf et du Rdpc sur les questions de l’heure
 Décentralisation : la dernière ligne droite
 Cameroun - Rumeur: La vraie fausse mort de Garga Haman Adji - Le président de l’ADD, membre de la Conac, est malade en France

DANS LA MEME RUBRIQUE : People


 Cameroun - Opération Épervier: Des responsables de Camair-Co et Aes - Sonel bientôt aux arrêts
 Cameroun - Diffamation: Cavaye dit n'avoir pas porté plainte à Magnus Biaga du Journal "Emergence"
 Russie-USA: Washington responsable de la perte de confiance (Poutine)
 Paris réitère l'interdiction de séjour de ses concitoyens au nord du Cameroun
 Cameroun : les organismes patronaux créent une dynamique face au gouvernement
 Cameroun : le gouverneur accusé d’incompétence dans la lutte contre Boko Haram.
 Les banques camerounaises obligées de déclarer les soldes des comptes ouverts par les Américains
 Un troisième opérateur pour la transformation de cacao au Cameroun
 Technologie 3G: vers une prorogation de l’exclusivité
 Cameroun : la bourse des matières premières en hub commercial sous-régional
 Plus d’un milliard de FCfa de contrat à gagner à la Cameroon Development Corporation
 Le Cameroun se dote d’un 4ème aéroport international
 16% seulement de femmes accouchent dans les hôpitaux à l'Extrême-nord du Cameroun
 Cameroun - Séjour en Europe: Près d’un milliard de FCFA pour les dépenses de Paul Biya
 Cameroun - Insecurité: Un garde du corps de Bernard Wongolo, SGA du Sénat, abattu sous ses yeux
 26 milliards de FCFA de la Banque mondiale pour améliorer l’offre de l’éducation au Cameroun
 Les Brasseries du Cameroun et Hysacam s’associent pour le recyclage des emballages en plastiques
 Décentralisation au Cameroun: l'Allemagne contribue pour 10 milliards de FCFA
 Cameroun : dès 2015, l’Etat ne s’impliquera plus dans l’organisation de la Journée de la liberté de la presse
 Cameroun : une 3ème usine de transformation de cacao sera opérationnelle à Douala en 2015

 

CONVERTISSEUR

DEVENEZ NOTRE
*** ETOILE24 ® ***

 

 

Cameroun24 TV

 

 

 

 

  Hebergement cameroun24 moins chert ecolo vert

  Hebergement cameroun24 moins chert ecolo vert

 

 

 
Tchamba Ngassam Melvin Déjà     1111 Jours

 

 

Les plus recents


Cameroun - Economie : Cameroun : la bourse des matières premières en hub commercial sous-régional

La première bourse des matières premières de l’Afrique centrale opérationnelle dès l’année prochaine au Cameroun devrait rapidement se muer en un hub commercial pour l’ensemble des pays de la Communauté...


Cameroun - Economie : Plus d’un milliard de FCfa de contrat à gagner à la Cameroon Development Corporation

Le gouvernement camerounais vient de lancer un appel d’offre international ouvert, pour la fourniture des équipements au département banane de la Cameroon Development Corporation (CDC), entreprise agro-industrielle...

Au hasard

Les plus commentés

Les plus populaires

Cameroun24 sur Twitter