Cameroun - Politique

Cameroun : Comment les 12 nouveaux ministres travaillent

Deux mois après leur prise de fonction. Enquête sur le style de Nganou Djoumessi, Jean-Claude Mbwentchou, Alamine Ousmane Mey, Ngole Philip Ngwese, Taiga, René Sadi, Koung à Bessiké, Bidoung Kpwatt, Pierre Moukoko Mbonjo, Grégoire Owona, Basile Atangana Kouna et Patrice Amba Salla.

 


 
Le même qu’hier
 
Bidoung Kpwatt. Le ministre de la Jeunesse et de l’Education civique reçoit les journalistes et les nécessiteux.
 
Le ministre de la Jeunesse et de l’Education civique reçoit les  mardis et les jeudis en début d’après-midi. Les audiences sont accordées à tous ceux qui le sollicitent, sans exception. Mais, selon une source au ministère, les journalistes et les mendiants sont les plus nombreux à prendre d’assaut le couloir qui  mène au cabinet du ministre Pierre Bidoung Kpwatt, situé au sixième étage. Ce mercredi, le directeur de la publication d’un hebdomadaire est arrivé. « Le ministre est le même qu’on a connu au ministère de la Jeunesse et des Sports », déclare-t-il. Il signale que depuis sa nomination au ministère de la Jeunesse et de l’Education civique, Bidoung Kpwatt l’a reçu au moins quatre fois, sans complication.  Mardi et jeudi, apprend-on, l’escalier du sixième étage est bondé de monde. Le ministre reçoit aussi des jeunes.
 
Ses collaborateurs le trouvent très convivial et chaleureux. Toute chose qui leur apporte la motivation nécessaire pour le travail. « Nous nous retrouvons parfois dans son bureau à la fin de la journée. Dans une atmosphère détendue, nous discutons des sujets importants de la vie du ministère », indique un de ses collaborateurs. Le ministre ne manque pas de faire des commentaires sur certains matchs de la Coupe d’Afrique des Nations qui se dispute actuellement au Gabon et en Guinée équatoriale.
 
Il arrive au travail avant 7 h 30 et en repart à 22 h, parfois après. Il y reste pendant toute la journée, sauf lorsqu’il se rend au siège du Rdpc, dans le cadre de ses fonctions de secrétaire national aux organes spécialisés. Le dimanche 5 février, par exemple, il a tenu une réunion préparatoire au Forum national des jeunes, de 8 h30 à 22 h. Ce qui n’a pas empêché qu’il soit au travail le lendemain avant 7 h 30.
 
Adrienne Engono
 

Le bonheur est dans le pré
 
Dr Taiga. Le nouveau ministre de l’Elevage multiplie les descentes dans les fermes et autres chantiers de son département.
 
Est-ce le ministre qui transforme les hommes ou le contraire ? Deux mois après sa nomination comme ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales, le Dr Taiga n’a pas plus fait parler de lui que son prédécesseur.  Un choix de discrétion ? Peut-être, ou plutôt un intérêt assez faible du public pour les questions liées à ce département. Pourtant, de l’avis de ses collaborateurs, le nouveau ministre se consacre à la tâche.
 
Hier, quelques personnes traînaient dans la salle d’attente du cabinet du Minepia. Dans l’espoir que le ministre trouverait un peu de temps à leur accorder entre les trois réunions qu’il devait présider au cours de la journée. Pas de grande affluence dans les couloirs, juste des usagers et quelques curieux qui, pour passer le temps, parcouraient  du regard les textes affichés à l’entrée du ministère et les photos de la cérémonie de présentation des vœux qui a eu lieu le 24 janvier dernier à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam).
 
Dr Taiga, qui était déjà dans la maison depuis un moment (il était conseiller technique n°2 depuis 2010), n’a pas changé les habitudes. Dans son entourage, un seul nouveau venu, son secrétaire particulier. Le ministre arrive tous les jours entre 7h et 8h et il tient une réunion de coordination une fois par semaine. On le dit également très proche de ses collaborateurs. Il s’est attelé, depuis un moment, à opérer des descentes sur le terrain, dans les fermes agricoles et les chantiers du ministère, notamment. Il a également laissé une plus grande marge aux chefs des projets, qui gèrent désormais eux-mêmes leurs engagements budgétaires et qui devront juste en rendre compte plus tard.
 
Jules Romuald Nkonlak
 

Tout est dans le détail
 
Ngole Philip Ngwese. Depuis son arrivée à la tête du ministère des Forêts et de la Faune, il s’attarde sur des éléments jusqu’ici négligés.
 
L’air flegmatique de Ngole Philip Ngwese cache cependant beaucoup de rigueur.  C’est du moins le jugement de l’un de ses proches collaborateurs, qui ne manque pas d’anecdotes pour l’illustrer. « Il est très porté sur les détails. Quand on dépose un dossier sur sa table, quel que soit son volume, il le lit, corrige toutes les fautes et le renvoie à son expéditeur sans y apposer sa signature », raconte-t-il. Monsieur le ministre estime tout simplement que « la lettre est la vitrine d’une administration ». D’ailleurs, parce que ce n’est pas à lui de faire ce travail, des séminaires de recyclage sont prévus pour les agents du ministère des Forêts et de la Faune, parce que le ministre estime qu’il ne faut pas avoir honte de ses limites.
 
D’après la même source, Ngole Philip Ngwese tient au respect de la hiérarchie. Elle déclare que « lors d’une réunion en début de cette semaine, il a renvoyé un dossier parce qu’il lui manquait un visa : soit celui du secrétaire général du ministère, soit celui de la secrétaire d’Etat. En fait, ce sont des habitudes qui ont pris corps dans la maison et que l’actuel ministre veut éradiquer ». Il veut aussi changer les habitudes concernant la ponctualité. « Quand moi j’arrive à 8h, il est déjà à son bureau », avoue un cadre du ministère.
 
Par ailleurs, quelque temps après son arrivée à la tête de ce département ministériel, Ngole Philip Ngwese  a demandé à tous les agents des services centraux de lui faire parvenir leurs Cv.  « On n’avait jamais vu une telle chose. Certains, méfiants,  se demandaient s’il voulait mener des enquêtes. Mais, en fait, l’objectif c’est de mieux les connaître », rassure le collaborateur cité plus haut.
 
Irène Fernande Ekouta
 

Un pragmatique
 
Nganou Djoumessi. Le nouveau ministre de l’Economie est un maniaque du temps et un adepte des solutions pratiques.  
 
Dans un coin du cabinet du ministre de l’Economie, Emmanuel Nganou Djoumessi, un objet trahit le style de l’homme : le pragmatisme. Cet objet, c’est une petite table pliante, pour plateaux-repas. Cet objet, depuis une bonne dizaine d’années, suit le ministre partout où il va. « Lorsqu’il m’arrive de m’arrêter à midi pour une pause-déjeuner, c’est sur cette table que je prends mes repas, qui viennent toujours de la maison. » Il insiste sur le fait que ses repas lui sont toujours portés depuis le chez-lui. Assez souvent, le ministre n’a pas le temps de déjeuner. Il se contente d’une boisson énergisante ou d’une banane, pour midi…
 
Mais avant, le ministre Nganou Djoumessi arrive au bureau tôt : entre 6h 50 et 7h15, en général. «  Avec lui, l’heure c’est l’heure », glisse un de ses collaborateurs qui apprend à connaître son nouveau boss, avant d’ajouter : « Les réunions ne s’éternisent pas. On se dit l’essentiel et chacun repart à son boulot. Les journées se déroulent au pas de course. » Un directeur révèle, en montrant une chemise dans laquelle il y a une lettre avec des instructions en marge, à l’encre violette : « Les dossiers vont vite, j’ai envoyé ce courrier hier après-midi, il m’est revenu avec les instructions du ministre avant la fermeture, et ce matin, nous avons une réunion pour faire avancer les choses. » Une autre collaboratrice, un chef de service, s’étonne d’avoir été interpellée directement par le ministre, au téléphone, au sujet d’un courrier : « Vu mon rang, j’ai été surprise de l’attitude du ministre qui m’a interpellée directement, pour un détail de forme qui s’était glissé dans une note que j’avais préparée. Courtoisement, il m’a expliqué ce détail et a fait rapidement rectifier la note. On a gagné du temps. »
 
Du temps, justement, le nouveau ministre de l’Economie essaye d’en gagner, lui qui, tôt le matin, a déjà lancé sa journée. Il précise, avec minutie : « Je lance ma journée dès 5h. De 5h 15 à 5h 45, je suis en salle de sport, à la maison. Petit déjeuner, juste une tasse de thé et un gâteau et je suis parti. » Cela se dit : Nganou Djoumessi n’est pas spécialiste de l’économie. Comment fait-il dans un ministère aussi technique ? Réponse de l’intéressé : « Je n’ai fait que des dossiers économiques dans les services du Pm où j’ai travaillé ces dernières années. Et comme ancien préfet, je suis d’abord un animateur économique. Et puis, ce que je ne sais pas, je l’apprends, en toute modestie. J’écoute, j’écoute beaucoup. »
 
Le politique a aussi son temps. Le week-end dernier, il s’est rendu dans les Bamboutos, avec un programme des plus chargés : samedi matin, réunion avec les femmes, après-midi, réunion de préparation d’un meeting à Bafoussam. Retour sur Yaoundé dimanche en mi-journée, stop au bureau où il a travaillé de 15h à 21h…
 
Pragmatisme ? C’est bien ce qui a prévalu chez l’homme, lors de la gestion de l’affaire des tracteurs d’Ebolowa. Là où beaucoup avaient vu la rupture du contrat avec l’entrepreneur de l’usine inachevée et même son emprisonnement, le ministre de l’Economie a choisi de continuer avec le même, de lui donner les moyens mais de les contrôler.
 
Flore Edimo
 

Faire et laisser dire
 
Alamine Ousmane Mey. Ponctuel et précis, le ministre des Finances n’a pas changé le personnel de son cabinet et a réduit sa garde rapprochée.
 
Le fait est marquant et la plupart des cadres du Minfi le relèvent quand on leur demande quel est le style d’Alamine Ousmane Mey. Il est ponctuel. Le ministre arrive au bureau au plus tard à 7h30. « Quand il arrive, il faut bien qu’il y ait déjà du personnel. Imaginez-vous  qu’il arrive à 7h30 et qu’à 7h45, il demande des explications sur un dossier alors que le directeur ou le sous-directeur concerné  n’est pas encore là ! Tout le monde vient donc à l’heure pour ne pas avoir de surprises », explique un fonctionnaire de son cabinet. En matière de surprise, il  se murmure ici que le ministre avait renvoyé un Dg arrivé en retard à une réunion. Lors de la conférence annuelle, il est arrivé exactement à 9h comme le prévoyait le programme. A 8h45, il était  déjà au Palais des Congrès, ce qui a surpris plusieurs fonctionnaires.
 
Au sujet de la notion de temps, ses réunions ne vont pas au-delà d’une heure. «D’après lui, après une heure de réunion, on a dépassé le seuil de rentabilité. En réunion, il a toujours l’œil à la montre et demande à ses collaborateurs d’aller droit au but et de respecter le temps. Ce qui n’était pas le cas avec Essimi Menye qui pouvait tenir des réunions de trois heures », confie un cadre.
 Alamine Ousmane Mey sort du bureau aux environs de 21h30. Autre point caractérisant le Minfi, le détail. Il veut avoir la maîtrise de tous les dossiers. « Le choix de sa photo et des mots devant figurer sur la plaquette de la récente conférence annuelle des services du Minfi ont  été validés par le Minfi qui a demandé à voir les morasses. Il n’était d’ailleurs pas content de la plaquette qui lui a été présentée par la direction générale des Douanes lors de la récente "Nuit des partenaires". Il avait découvert une photo et un portrait de lui dans ce magazine qu’il n’avait pas du tout appréciés », confie un proche du ministre.
 
Autre fait marquant, le ministre des Finances n’a pas changé le personnel de son cabinet, hormis son secrétaire particulier, Abagambo Abassan, un commissaire de police principal  venu de Garoua, apprend-on. Alamine a aussi  gardé son chauffeur et sa voiture d’Afriland First Bank. Il a néanmoins hérité de deux véhicules (607 et Citroën C7) de son prédécesseur, qu’il utilise très souvent. Pour ce qui est de sa garde rapprochée, le ministre l’a réduite à un gendarme et trois policiers.
Pour l’instant, le ministre n’a pas encore accordé d’interview à un journaliste. « Il préfère parler par des actes et laisser parler les gens. Des protocoles d’interview sont dans ses tiroirs », disent ses proches.
 
Beaugas-Orain Djoyum
 

L’horloge, encore l’horloge
 
Jean-Claude Mbwentchou. Le ministre de l’Habitat et du Développement urbain mise sur la ponctualité pour réduire les retards des chantiers de son administration.
 
D’abord son style vestimentaire. Tenue traditionnelle de préférence. Souvent un ensemble, pas beaucoup de costumes classiques affectionnés par la plupart des membres du gouvernement. Le ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Jean-Claude Mbwentchou, a une préférence vestimentaire qui épouse son statut de notable de son Ndé natal. Et il aime visiblement le montrer.
 
Mais c’est dans la ponctualité et l’assiduité que le style de ce ministre étonne ses collaborateurs. Une semaine après sa prise de service, l’une des premières réunions qu’il préside  a failli tourner court. A 14h précises, heure prévue pour une rencontre avec les associations et Ong spécialisées dans l’aménagement urbain, Jean-Claude Mbwentchou s’est pointé dans la salle de conférence au deuxième étage de l’immeuble Armp abritant son département ministériel. Une poignée de participants devisait à l’entrée de la salle, vide. Trop ponctuel, le ministre a été obligé de regagner son cabinet au neuvième étage.
 
Un de ses collaborateurs confie : « Le lendemain, au cours d’une réunion interne, il a mis en garde ses collaborateurs sur le retard et a décidé que ce n’est plus la peine de venir après l’heure. » Le 2 février dernier, le ministre de l’Habitat a donné une autre illustration de sa manie de la ponctualité. Il conduisait à Douala, puis Buéa,  ce jour-là, une mission. Heure de départ convenue : 6h30mn. Ses collaborateurs, un mois après sa prise de fonction, ont appris à connaître l’homme. Ils sont, comme lui, à l’heure, y compris les directeurs généraux des entreprises sous tutelle (Sic, Maetur, Crédit foncier du Cameroun …). "J’ai vu passer quatre ministres, aucun n’a programmé et respecté un départ pour une mission de si bonne heure", lance un cadre. Le départ aura cependant lieu à 7h, à cause du léger retard accusé par le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, qui accompagnait Jean-Claude Mbwentchou.
 
Le style Mbwentchou, c’est aussi la franchise des circuits de traitement des dossiers. « Il n’est pas rare de le croiser dans les couloirs du 9ème étage, il va parfois lui-même à son secrétariat, au service du courrier, ou au cabinet du secrétaire général, pour s’informer sur un dossier », raconte un cadre du Minhdu. Aussi, le ministre Jean Claude Mbwentchou se veut-il abordable, surtout par ses collaborateurs. « Les responsables, jusqu’au rang de chef de service, sont exemptés de demande d’audience pour le rencontrer », confie une proche collaboratrice du ministre.
 
Une note de service signée peu après sa prise de fonction précise qu’il reçoit les usagers les mardis et jeudis après demande d’audience. En sourdine, ses collaborateurs lui font le reproche de les mettre sous pression : « Il veut des résultats tout de suite », grogne l’un d’eux. Jean-Claude Mbwentchou est pourtant lui-même sous pression et procède ainsi à un subtil transfert sur son entourage professionnel. Ses défis sont nombreux. Exemple, les chantiers des logements sociaux qui piétinent.
 
Claude Tadjon
 

Les diplomates sous pression
 
Pierre Moukoko Mbonjo. Le ministre des Relations extérieures travaille les dimanches et jours fériés, obligeant ses collaborateurs à suivre.
 
Les huit  bureaux qui encadrent  celui du ministre au fond de la pièce sont tous fermés. On n’entend presque pas de voix. Les va-et-vient ne sont pas réguliers. Les rares personnes qui entrent et sortent portent pour la plupart, des parapheurs. Ils ont l’air affairé. Nous sommes au cabinet du ministre des Relations extérieures, Pierre Moukoko Mbonjo. Son secrétaire particulier, Lavoisier Ebongue, ne reste que très peu dans son bureau. Il est entre celui du ministre et l’extérieur. « Le rythme  de travail est énorme ici », assure un des collaborateurs du ministre. Et ce, « toute la journée», car le ministre arrive au plus tard à 8h et ne repart que vers 23h. Des heures de travail d’affilée, sans qu’il se déplace. Un  de ses collaborateurs avoue d’ailleurs  être gêné de quitter le bureau avant son patron. Il reconnaît ainsi être obligé de rentrer quelques heures plus tôt pour revenir vers 20h.  Moukoko Mbonjo, lui, à en croire ses proches collaborateurs, ne se donne pas de repos.  
 
Trois jours après sa nomination, il représentait déjà le chef de l’Etat au sommet des Congressmen aux Etats-Unis. Quelques semaines plus tard, c’est à  Addis Abeba qu’il s’est rendu, toujours au nom du chef de l’Etat, pour le sommet de l’Union africaine. Avant cette mission, le ministre a reçu une vingtaine d’ambassadeurs accrédités au Cameroun. Mais, un cadre du ministère relativise : « L’action diplomatique d’un ministre ne peut pas se juger en deux mois. Surtout qu’il s’agit là d’un domaine réservé. »
Le ministre a réuni son cabinet quatre fois. Quant au personnel, Moukoko Mbonjo l’a rencontré trois fois en assemblée.  Un ancien ambassadeur,  cadre au  Minrex depuis  plusieurs années, estime que « ce n’est pas souvent qu’un ministre réussit à le faire en deux mois ». Moukoko Mbonjo paraît  ainsi, aux yeux de ses collaborateurs, comme quelqu’un de « très accessible, qui consulte beaucoup et partage l’information avec ses collègues. »
 
Pierre Moukoko Mbonjo commence sa journée à 5h du matin. La ponctualité, en droite ligne avec la feuille de route du Premier ministre, le préoccupe. A cet effet, les noms des retardataires sont affichés sur le babillard principal du ministère. « Sanction psychologique », précise-t-on. D’autres sanctions sont en vue pour les récidivistes.  Déjà, la liste des meilleurs agents des différentes directions du Minrex pour le mois de février a été affichée. « Le nouveau ministre veut impulser une volonté de travail  ». La mise vestimentaire n’est pas en reste, quand on sait que le ministre lui-même prend particulièrement soin de son image. Le 27 janvier dernier, une note de service rappelait alors à l’ordre les agents du Minrex dont les  tenues vestimentaires ne sont pas conformes  aux normes vestimentaires communément en cours en diplomatie.
Ancien d’Eglise, Moukoko Mbonjo sacrifie néanmoins de plus en plus ses dimanches à son travail.
 
 Eitel Elessa Mbassi
 

La rigueur pour commencer
 
Koung à Bessiké. La ministre des Domaines, du Cadastre  et des Affaires foncières a servi des demandes d’explication  pour retard et absentéisme.
 
C’est par les soins de l’inspecteur des services, M.Tankoua, que certains employés du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières ont reçu des demandes d’explications.
 
Dès sa prise de fonctions, Jacqueline Koung à Bessiké a demandé à ses collaborateurs de se remettre au travail. Aussi, a-t-elle prescrit les heures à respecter. 7h30 le matin au plus tard et 15h30 au plus tôt dans l’après-midi.
 
Ces horaires, dit-on ici, elle-même les respecte scrupuleusement. Selon des sources au Mindcaf, la ministre arrive très souvent avant tout le monde et repart la dernière. Elle a imposé ce rythme à tous les directeurs. Les heures de pause, elle ne les passe presque jamais hors du ministère. Il lui arrive de sortir, mais pour des audiences  dans les services du Premier ministre où elle est régulièrement sollicitée. Elle n’organise presque pas de réunions collectives avec le personnel du ministère. Cependant, elle rencontre les responsables de manière individuelle et inopinée. Et tous ceux qui la sollicitent pour des questions liées au travail sont reçus. Elle n’accorde pas beaucoup de temps aux visites privées.
 
Au ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, il se dit que la peur a gagné ceux qui, jusqu’ici, se permettaient certains abus. Et chaque jour qui passe est un calvaire pour eux. Son discours du 5 février 2012 lors de la présentation des vœux n’a pas cessé de faire des vagues auprès de ses collaborateurs. Certains le méditent devant des demandes d’explication.
 
Adrienne Engono
 

L’eau ne coule pas
 
Basile Atangana Kouna. Entre les réunions de concertation avec les bailleurs de fonds et les visites de chantier, le nouveau ministre de l’Energie et de l’Eau a du pain sur la planche.
 
Les agents du ministère de l’Energie et de l’Eau vont devoir le suivre dans sa course effrénée. Basile Atangana Kouna est un homme « surbooké ». Les délestages d’électricité et la pénurie d’eau en ont fait un homme sous pression en permanence. Après avoir mené la longue réforme du secteur de l’eau, il doit désormais synchroniser l’action de tous les acteurs de l’électricité et de l’eau au Cameroun. Des secteurs particulièrement sensibles, qui ne lui laissent aucun répit.
 
La journée de travail du ministre, qui commence généralement à 8h, est particulièrement chargée. « Dès son arrivée au bureau, le ministre reprend connaissance de son agenda de la veille, pour liquider les instances, et confirmer les audiences du jour », déclare un de ses collaborateurs. Basile Atangana Kouna reçoit énormément. Ce mercredi 08 février, des responsables de la coopération belge au Cameroun sont arrivés, au point qu’il n’a pas pu accorder d’interview à un reporter de Cameroon Tribune venu recueillir son avis sur la refonte des listes électorales. Et une réunion l’a obligé à sortir de son bureau. Dans l’après-midi, après une « pause déjeuner » qu’il prend habituellement à son bureau aux alentours de 14h, le ministre a pu enfin, se pencher sur ses dossiers. Pour ne rentrer qu’aux alentours de 19 h.
 
Mais, Basile Atangana Kouna ne se satisfait pas du confort du bureau. Lorsque les circonstances l’imposent, il se lance sur les chantiers urgents. Comme ceux de l’eau à Akomnyada, où la Camerounaise des eaux capte l’eau qui arrive parcimonieusement à Yaoundé. Le ministre s’y est rendu le 19 janvier dernier. Puis, le lendemain, ce fut au tour de la station de la Mefou à Nkolbisson. Il ne dédaigne pas les escapades du weekend. Comme celle de Dimako, pour l’inauguration de la station-service de la Socaepe le 20 janvier dernier. Ou celle d’Okola, pour assister à la messe d’action de grâce de son « ami » Benoît Ndong Soumhet, samedi 04 février dernier.
 
Jacques Bessala Manga
 

Les parapheurs traînent
 
René Sadi. Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation prend le temps d’éplucher les dossiers.
 
Aimable. C’est ainsi que les collaborateurs du nouveau ministre de l’Administration et de la Décentralisation (Minatd) qualifient René Emmanuel Sadi.
 
Pourtant, ses premières heures dans son nouveau ministère  n’ont pas été faciles. Il n’avait pas pu pénétrer à l’intérieur de son bureau le jour de son installation, le lendemain du remaniement gouvernemental, parce que l’une des secrétaires de Marafa Hamidou Yaya s’était évanouie dans la nature avec les clés et avait éteint son téléphone portable.
 
Comme son prédécesseur, René Sadi arrive au bureau par l’une des portes située derrière l’immeuble et prend l’ascenseur qui va le conduire à son cabinet. Ses heures d’arrivée au travail varient. « Mais pas avant 09 h », souligne un responsable.
 
Une différence par rapport à son prédécesseur : la gestion des dossiers. D’après ses proches collaborateurs, il laisse régulièrement les parapheurs dans son bureau. Pour justifier son retard dans le traitement des dossiers, l’un de ses proches argue qu’il est nouveau et cherche encore à s’enquérir de la situation générale. C’est pourquoi «  René Sadi organise beaucoup de réunions, il est plus jovial et reçoit beaucoup », note l’un des directeurs du Minatd.  
 
A tous ses collaborateurs, un mot d’ordre : « L’ordre public doit être maintenu, la sécurité des personnes et des biens garantie et la paix sociale préservée sur l’ensemble du triangle national avant, pendant et après les élections. »
 
Boris Bertolt
 

Pas d’état de grâce
 
Grégoire Owona. A peine nommé au ministère du Travail et de la Sécurité sociale, il a dû gérer la crise sociale d’Hévécam.
 
Grégoire Owona n’a pas connu d’état de grâce dès son arrivée au ministère du Travail et de la Sécurité sociale. Très vite, il a été confronté à une grogne sociale. Janvier 2012 : les employés de la société Hévécam entrent en grève. La direction de l’entreprise, les autorités administratives locales sont débordées. Le ministre va à la rencontre des grévistes au cœur des plantations d’hévéa à Niété, non loin de Kribi. La crise paraît profonde. En témoigne, cette image du ministre Owona, en bras de chemise, les traits tirés, assis à une table, faisant face à un personnel en colère et décidé à ne rien céder. De discussion en conciliabule, Grégoire Owona réussit finalement à obtenir des délégués du personnel la levée du mot d’ordre de grève qui paralysait l’entreprise depuis plus de deux semaines.
 
Une victoire pour le nouveau ministre du Travail que certains de ses collaborateurs attribuent à son sens du dialogue, à son humilité et à sa disponibilité. Le style de l’homme semble plaire au ministère du Travail. « C’est vrai qu’il est trop tôt pour parler véritablement du style Owona. C’est surtout sa personnalité qui transparaît pour le moment. Dans l’ensemble, il est plutôt simple et facile d’accès », confie un fonctionnaire de ce ministère.
 
Toujours pour décrire la simplicité du nouveau ministre du Travail, on raconte une scène qui a eu lieu il y a quelques jours. Grégoire Owona présidait une cérémonie au Cradat. Avant lui, plusieurs personnes prononcent leurs discours sous un soleil assez agressif. Au moment où il doit prendre la parole, le protocole déplace le pupitre pour venir le poser devant lui, sous la tente, afin qu’il soit épargné du soleil de plomb. Le ministre s’y oppose, se déplace et va faire son discours au même endroit que les autres qui l’ont précédé, non sans s’être excusé, affirmant qu’il ne souhaitait pas s’exprimer le dos tourné à l’assistance.
Sur la gestion même des dossiers du ministère, nos sources sont peu disertes ; elles se contentent de dire qu’il est précoce de se prononcer pour l’instant.
 
Jean-Bruno Tagne
 

Il « dévore » les parapheurs
 
Patrice Amba Salla. Le nouveau ministre des Travaux publics est un homme pressé qui n’hésite pas à descendre sur le terrain.
 
Patrice Amba Salla est un ministre presque pressé. Dès sa prise de fonction, il a eu le temps de recevoir en audience les membres des corporations placées sous la tutelle du ministère dont il a la charge, de présider des réunions avec de proches collaborateurs, d’accorder des audiences aux responsables des projets financés par les institutions de coopération opérant au Cameroun. Une suractivité, comme pour prendre le pouls de la maison. Il a aussi eu le temps d’effectuer des sorties sur le terrain.
 
Le 23 décembre 2011, il présidait une cérémonie de réception d’un don chinois de matériel d’entretien routier au Matgénie à Yaoundé. Le 12 janvier 2012, il effectuait une visite de chantier sur la route Zoétélé - Nkol Yop dans la région du Sud. Le 20 janvier 2012, il assistait à la cérémonie de mise en service de la station-service Socaepe de Dimako à l’Est. Vendredi dernier encore, il présidait la cérémonie de vœux du personnel du ministère au Palais des Congrès. Un agenda qui ne perturbe en rien le quotidien de Patrice Amba Salla. Le football, que l’ancien maire d’Ayos a continué de pratiquer jusqu’à très récemment, l’aide certainement dans son travail.
 
Le ministre arrive au travail à bord de son nouveau Toyota Prado de couleur noire, avec l’escorte minimale : le chauffeur et le garde du corps affecté à sa sécurité. « La première chose que le patron fait dans son bureau est de dépouiller les parapheurs qui sont sur sa table », confie une secrétaire du service du courrier. « Depuis la prise de fonction du nouveau ministre, les parapheurs font moins de temps au cabinet », poursuit un cadre en service à la direction générale. Ce mardi 07 février 2012, une équipe de la Crtv est venue tourner un élément avec le ministre. En moins de temps qu’il ne faut, ils vont être introduits au cabinet, par les bons offices de Jean Lambert Nang. Sans protocole particulier.
 
Jacques Bessala Manga

Le Jour Publié : Jeudi le 09 Février 2012 07:42:37 9098 hit(s) 0 commentaire(s) Société Imprimer Envoyer cet article à

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