Affaire Kamto. Crises au Cameroun : « Le Mrc prépare activement les élections à venir » dixit Maurice Kamto

cameroun24.net Le 18 octobre 11126 Opinion Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
Détenus pendant 09 mois à la prison principale de Kondengui à Yaoundé, suite à son arrestation le 28 janvier dernier à Douala, après les « marches blanches » organisées deux jours et dont le mot d’ordre avait été suivi dans plusieurs villes du pays, le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun revient en partie sur son vécu en prison, les défis à relever après sa libération et celle de ses alliés, ainsi qu’une frange de ses militants et sympathisants. Il appelle par ailleurs à l’organisation d’un nouveau dialogue national qui impliquerait les leaders sécessionnistes encore détenus lit-on dans les colonnes du quotidien privé Mutations.


Vous avez passé 09 mois de détention à la prison principale de Kondengui. Comment avez-vous vécu cette période ?

J’ai passé mes 09 mois en prison comme toute personne qui se bat pour une cause. Et quand on se bat pour une cause, peu importe où on se trouve. Que l’on soit derrière les barreaux ou à la maison, c’est la cause qui vous mobilise et vous fournit l’énergie nécessaire pour poursuivre le combat. Donc, c’est dans cet état d’esprit que j’ai passé mon séjour en prison.

A titre personnel, qu’entendez-vous faire de votre libération ? Vous avez indiqué le 05 octobre, jour de votre libération à votre domicile que le système électoral, la question des libertés fondamentales…constituent les motifs pour lesquels vos militants devraient continuer à se battre. De manière concrète, comment entendez-vous mener cette lutte ? Peut-on avoir une idée du timing ?

La liberté retrouvée me donne la latitude de poursuivre la lutte. Mais sans doute avec beaucoup plus de facilité que derrière les barreaux. La poursuite de cette lutte s’impose d’autant plus que, comme vous avez pu le constater, aucun des problèmes pour lesquels nous nous sommes engagés dans cette lutte n’a été résolu. Il est tout à fait normal dans ces conditions, que la lutte se poursuive. En ce qui concerne les actions à mener, comme je l’ai dit dans la petite allocution à laquelle vous faites référence, allocution improvisée face à nos militants, sympathisants et les nombreux Camerounais qui sont venus nous témoigner leur affection à notre sortie de prison, nous informerons les Camerounais, bien entendu vous-même du calendrier des actions s’inscrivant dans le cadre de la résistance nationale. Et comme je l’ai dit à cette occasion-là, nous vous indiquerons les formes et les modalités des actions que nous allons mener à cette occasion.

Le collectif d’avocats  chargé d’assurer votre défense, celle de vos alliés, militants et sympathisants du Mrc a apporté les éléments de preuve au sujet de la victoire que vous réclamez au terme de la présidentielle du 07 octobre 2018. Où en est-on avec ce recours introduit auprès de la Commission des droits de l’Homme de l’Union africaine ?

Notre requête devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples suit son cours. Nous avons fourni dans les délais impartis par la Commission, tous les éléments de preuves nécessaires pour lui permettre de statuer sur notre requête. Nous attendons donc la suite qui lui sera réservée par la Commission.

 Vous avez relevé pour le déplorer, le mépris de votre main tendue à l’endroit du président de la République, à l’effet de solder le passif de la dernière élection présidentielle. Etes-vous toujours disposé à rencontrer Paul Biya ?

Absolument ! Ma main tendue reste tendue. Il n’y a pas plus désireux que moi de voir régler en profondeur, les crises multiples qui affectent notre pays en l’occurrence la crise post-électorale. Il me semble que c’est l’une des conditions du retour de la stabilité dans notre pays et surtout de l’organisation d’élections futures avec des perspectives d’apaisement, c’est-à-dire de sortie de ce cycle de contestations, de crise postélectorale qu’engendre les élections organisées avec des règles contestables.

Le magazine Jeune Afrique fait savoir que vous avez négocié votre libération avec le pouvoir. Vous ne vous êtes pas jusqu’ici prononcé sur la question.

Je suis catégorique ! Il n’y a jamais eu de négociation de quelque nature que ce soit entre le régime en place et moi-même. Que ce soit à propos de notre libération ou sur les questions politiques d’actualité. Je suis d’ailleurs à cet égard étonné pour ne pas dire plus, qu’un hebdomadaire dont le sérieux est reconnu et pour lequel nous avons le plus grand respect ait pu rendre public une telle information, sans doute a-t-elle ses sources. Mais dans la mesure où il s’agirait d’une négociation à laquelle j’aurais pris part, je suis obligé de dire qu’ils sont dans l’erreur et que de telles négociations n’ont jamais eu lieu. Il s’agit très certainement d’une vue de l’esprit de quelques personnes qui voulaient absolument faire croire que si on nous a laissé, c’est parce qu’on a négocié quelque-chose.

Dans le même temps, des rumeurs font état de ce que vous auriez écrit une lettre pour demander pardon au Président Paul Biya…

Je suis également catégorique là-dessus : je n’ai jamais adressé une correspondance de quelque nature que ce soit. Ça aurait été ridicule de demander pardon ou je ne sais quelle espèce de clémence. Peut-t-on imaginer que des gens qui ont été jetées en prison pendant 09 mois injustement, d’abord à la suite d’arrestations arbitraires, suivies de détention illégales puissent, pour sortir, écrire pour battre leur coulpe pour des infractions qu’ils n’ont pas commises ? Donc, encore une fois, les deux allégations auxquelles vous venez de faire référence sont totalement inexactes et non fondées. D’ailleurs, nous restons insatisfaits et profondément préoccupés par la situation de  nos camarades, militants et sympathisants,  et parfois de simples camerounais qui, malheureusement, se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, qui demeurent détenus. Parmi lesquels le premier vice-président du Mrc, monsieur Mamadou Yakoubou Mota, mais également l’un des cadres important du Mrc, monsieur Sylvanus Mutagah. Ils sont encore détenus avec plus d’une cinquantaine d’autres militants et sympathisants. Je peux saisir cette occasion pour les assurer de notre soutien indéfectible et leur dire que nous ne serons pas libres temps qu’ils seront détenus. Nous nous battrons par tous les moyens légaux pour qu’ils puissent recouvrer le plus rapidement possible leur liberté.

Nous avons néanmoins pris acte notamment de la mise en liberté provisoire du membre du directoire national du Mrc, secrétaire national à la santé, et non moins responsable du Mrc dans la région du Sud Cameroun, le docteur en médecine Apollinaire Oko, et un certain nombre d’autres personnes encore détenues ces dernières  72 heures.

Après sa libération, Albert Dzongang, président de La Dynamique, organisation alliée du Mrc, a déclaré que ce qu’ils ont gagné pendant leur séjour en prison c’est le rapprochement avec les sécessionnistes. Doit-on comprendre à travers cette déclaration que le Mrc et ses alliés ont noué une alliance avec les sécessionnistes ?

Il aurait fallu poser cette question à monsieur Dzongang. Ceci dit, je dois dire que nous vivions dans un espace limité où on partageait une cour commune, où il n’y avait d’ailleurs pas que les leaders des mouvements sécessionnistes.  Mais, il y avait toute sorte de détenus, y compris ceux du Boko Haram. Et, ma foi, il aurait fallu être particulièrement impoli pour ne pas, à un moment ou à un autre, s’adresser poliment à des gens avec qui on s’est côtoyé pendant 09 mois. Pour le reste, nous continuons à demander la libération des dirigeants sécessionnistes qui ont été condamnés à la perpétuité pour des raisons évidentes. Nous sommes profondément convaincus que s’ils ne sont pas impliqués dans la recherche d’une solution durable et sérieuse à la crise qui secoue le Nord-Ouest et le Sud-ouest, j’ai bien peur qu’on ne puisse retrouver la paix rapidement dans ces régions. C’est la raison qui commande que  nous continuons à soutenir leur libération et à souhaiter qu’ils soient directement impliqués dans le dialogue pour résoudre la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

En parlant de dialogue, justement, vous êtes visiblement convaincu que le grand dialogue national convoqué par le chef de l’Etat a été un coup d’épée dans l’eau…  

Le dialogue demeure attendu, parce qu’il n’y a pas eu de dialogue. On a appelé grand dialogue national, mais, comme vous le voyez, comme des conclusions de ce dialogue l’indiquent, il y a eu une grande messe qui a produit des résultats très loin des attentes non seulement des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, puisqu’on a observé un regain de violences et de combats dans ces deux régions, mais également du reste des Camerounais par rapport à la crise post-électorale qui n’a du reste  pas du tout été évoquée. Donc, le dialogue reste manifestement attendu et nous espérons qu’il sera cette fois-là vraiment inclusif et abordera les questions de fond qui interpellent notre pays aujourd’hui.

L’année 2020 se veut particulière avec l’organisation éventuelle des élections législatives, municipales, régionales. Le Mrc compte-t-il prendre part à ces échéances y compris avec le système électoral qui divise tant ?

Le Mrc prépare activement les élections à venir. Mais, cela ne veut pas dire que l’on a renoncé à la revendication de la réforme du système électoral préalablement à toutes nouvelles élections. C’est du reste ce qu’attendent les Camerounais pour éviter justement qu’il y ait une nouvelle crise post-électorale.  Car, si ce n’était pas le cas, si cette réforme n’avait pas lieu, on risquerait d’aller à nouveau vers une nouvelle crise post-électorale. Le pays n’en a pas besoin. Au demeurant, il ne vous aura pas échappé que l’ensemble de nos partenaires internationaux, la communauté internationale, à commencer par l’Union africaine, le  Parlement de l’Union européenne, le Congrès des Etats-Unis, le Parlement canadien, et même les Nations Unies, ont vivement recommandé cette réforme consensuelle du système électoral avant toutes nouvelles élections au Cameroun. Donc, nous restons effectivement mobilisés sur cette question tout en préparant les échéances à venir.

Suite aux récents événements malheureux de Sangmélima, vous avez commis un communiqué pour déplorer notamment les dérives tribales. Que faut-il faire pour stopper l’avancée du tribalisme au Cameroun ?

Il est difficile pour un seul individu de prétendre trouver une réponse globale et définitive à la question du tribalisme. C’est une question complexe, mais surtout qui a touché les strates y compris les strates intérieures de notre société ces derniers temps. Mais, il faut bien voir que si cette question revient avec force au-devant de l’actualité, précisément à la suite des événements qui se sont produits à Sangmélima, les émeutes qui ont dégénéré très rapidement en émeutes intercommunautaires, c’est précisément parce que le grand dialogue national n’a pas apporté les réponses attendues. Au demeurant, nous savons qu’il y avait à l’ordre du jour de ce grand dialogue national la question du vivre-ensemble, et on voit bien que sur cette question, on n’a pas été très disert, encore moins préconisé justement les solutions à ce fléau qui s’appelle tribalisme. Je dois dire que nous n’avons cessé au Mrc de dire qu’il fallait non seulement que les Camerounais en eux-mêmes, notamment la société civile, mais également les organisations de la société civile sans nécessairement attendre l’Etat, trouvent les moyens d’aborder cette question de manière non passionnée, mais également qu’on devait sérieusement envisager la question d’une loi sur le tribalisme dans notre pays.

Dans votre projet de société, vous proposez des assises nationales de la citoyenneté et de la  fraternité républicaine…

Cette question nous préoccupe et nous avons essayé déjà dans notre projet de société d’esquisser un cadre dans lequel elle aurait dû être abordée et dans lequel elle sera certainement abordée lorsque nous serons en capacité de diriger effectivement le pays. Si vous regardez notre projet de société, vous verrez qu’il y a dedans l’idée des assises nationales de la citoyenneté et de la  fraternité, qui est pour nous le cadre idoine pour débattre de cette question qui va d’ailleurs au-delà du vivre-ensemble pour toucher la question de la citoyenneté et de la fraternité républicaine. Vous voyez bien qu’on ne peut pas régler la question du tribalisme sans faire comprendre aux Camerounais qu’au-delà de la fraternité biologique de sang, il y a une fraternité nouvelle que nous construisons ensemble et que nous devons construire ensemble, qui est celle qui s’acquiert dans le cadre de la République. Donc, voilà un peu les pistes que nous avions lancées déjà au moment de la création de notre parti et que nous continuons de soutenir dans le cadre de notre communiqué et dans le cadre de nos prises de positions sur cette question épineuse du tribalisme.

Qu’est-ce qui, d’après vous, provoque cette flambée de propos haineux ?  

On peut du reste s’interroger sur les origines de cette flambée, on ne va pas dire subite mais malgré tout inattendue. Etait-ce prévisible ? Tout cela n’a-t-il pas été préparé par un discours, justement qui s’est développé au cours des derniers mois pour ne pas dire au moins des deux dernières années ? Quand nous parlions du tribalisme d’Etat, cela avait l’air d’une vue de l’esprit. Mais, est-ce que tout cela n’a pas préparé le lit de ce qui arrive aujourd’hui ? Au point où les gens peuvent assumer de manière décomplexée des actes tribalistes aussi flagrants. Il y a lieu de se demander si tous ceux qui ont contribué justement à l’émergence de ce sentiment ou l’enracinement de ce sentiment, s’il n’est pas temps qu’ils prennent conscience de ce qu’ils sont responsables de ce qui est en train d’arriver à notre pays. Et ce disant, je ne voudrais pas qu’on stigmatise les populations du Sud. Merveilleuses populations qui m’ont réservé un accueil magnifique et fraternel lors de ma campagne électorale pour la présidentielle 2018 lorsque je m’y suis rendu dans plusieurs localités. Mais, nous devons sans passion, et j’allais dire avec un sens de responsabilité assez aigu, nous interroger sur ce qui nous arrive et commencer à dire : il faut mettre un terme à cela, ça suffit ! Et si l’Etat devient lui-même un agent du tribalisme dans notre pays, alors, ceux qui représentent cet Etat ne méritent pas de continuer à diriger notre pays.

 

Florentin Ndatewouo

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