Cameroun - Finance. Les entreprises publiques fragilisent l’équilibre budgétaire du Cameroun avec une dette de 2624 milliards de FCFA en 2017

cameroun24.net Le 21 octobre 738 Société Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
La dette des entreprises publiques au Cameroun constitue un point de fragilité pour les efforts de consolidation fiscale, entrepris par les autorités camerounaises dans le cadre du programme économique et financier mis en œuvre en collaboration avec le FMI, apprend-on d’une analyse du profil pays de l’Agence de notation Moody’s, datée du 10 octobre 2019.



Le document s’appuie sur des indicateurs de 2016 et affirme la dette de ces entités (excepté la Société nationale de raffinage [Sonara]) dont plusieurs connaissaient des soucis financiers, représentait environ 8,2% du produit intérieur brut (PIB) de cette année-là. Mais selon des données collectées par l’Agence Ecofin dans des documents gouvernementaux, ce ratio atteint les 13,5% du PIB du pays à la fin de l’année 2017, dette de la Sonara incluse.

En effet, évaluant le volume d’assistance qu’il faudrait apporter aux entreprises publiques en 2019, des données consolidées par le gouvernement font ressortir une dette globale des 37 entreprises publiques ou à capitaux publics de plus de 2624,4 milliards FCFA (environ 4,7 milliards $) en 2017, pour un produit intérieur brut estimé à 34,8 milliards $ au cours du dollar américain à la fin de cette année-là.

Une situation très problématique pour Camtel et Sonara

La Sonara, l’entreprise nationale des télécommunications (Camtel) et la compagnie nationale des eaux (Camwater) occupaient le top trois des entreprises publiques endettées avec des montants respectifs de 763,2 milliards FCFA, 554,5 milliards FCFA et 352,4 milliards FCFA à fin 2017. Les autres entreprises publiques qui bouclent ce top 5 sont Electricity Development Corporation (140,4 milliards FCFA) et la Sodecoton (113,1 milliards FCFA).

Bien plus que leur endettement, ce qui pose problème ce sont les difficultés rencontrées par ces entreprises pour générer des revenus suffisants au remboursement leurs créanciers.

La Sonara a bénéficié d’une part importante de l’Eurobond de 750 millions $ émis en 2015 par le gouvernement et en cours de remboursement. Elle a aussi bénéficié de plusieurs autres lignes de crédit international et des banques locales. On a pu apprendre qu’en avril 2019, l’entreprise a bénéficié d’un prêt de 160 millions $ d’un trader des produits pétroliers avant d’être frappée par incendie en mai 2019. Déjà structurellement déficitaire, on voit mal comment la Sonara pourrait rembourser sa dette désormais. L’arrêt actuel de ses activités pèsera encore sur le déficit extérieur, en raison du besoin de continuer à satisfaire la demande locale en produits pétroliers, déterminants pour la stabilité économique.

Dans le cas de Camtel, l’exposition du budget public à sa dette tient de ce qu’elle appartient à 100% au gouvernement, contrairement à la Sonara dont le capital est réparti entre le gouvernement, des entités parapubliques et le secteur privé. L’entreprise a massivement emprunté notamment auprès d’Exim Bank Chine pour des projets d’envergure. Sur l’un des plus importants (la fibre optique entre le Brésil et le Cameroun), on n’a pas encore de visibilité sur les premières retombées.

En plus de cela, à son stock de 2017, la dette financière de cette entreprise était de plus de 409 milliards FCFA et représentait un peu plus de 4 fois son chiffre d’affaires. La présidence de la République a pris des mesures fortes et ouvert la voie à une privatisation partielle de la structure. Des informations non encore confirmées officiellement suggèrent que cette évolution des choses pourrait profiter à Huawei. L’entreprise chinoise partenaire de Camtel concentre une part importante de sa dette.

Des arbitrages difficiles en perspective dans le cadre de la Loi des finances 2020

La session budgétaire devrait bientôt débuter au Cameroun, mais il n’est pas certain que ces questions feront l’objet de grandes discussions, la discipline partisane laissant la latitude au gouvernement de conduire les arbitrages. Or celui-ci semble à court d’options. Plusieurs des sociétés sous son contrôle, dont l’une des plus importantes en termes de nombre d’employés (Cameroon Development Corporation), se trouvent dans les régions anglophones en crise. Les fermer risque d’entraîner un sentiment négatif, mais les maintenir improductives a aussi un coût pour les caisses publiques.

Toujours en rapport avec les zones Nord-Ouest et Sud-Ouest, elles abritent d’importants bassins de production, notamment de produits vivriers, mais aussi de produits d’exportation comme le cacao. Il est probable que le gouvernement y perde d’importantes sources de revenus.

Enfin, le gouvernement devra surveiller le coût fiscal des partenariats public-privé. La dette publique contingente liée à ce mécanisme de construction des infrastructures était de 6% du PIB à fin 2017. Moody’s estime que cela devrait augmenter, avec le lancement du projet de barrage de Nachtigal, qui se fait lui aussi en mode PPP.

Idriss Linge
 

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