Affaire Kamto. Maurice Kamto : «Nous n'avons négocié avec personne pour notre libération»

cameroun24.net Le 16 octobre 3732 Société Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
Le président du MRC répondait aux question de Radio France International.

 RFI: Vous voilà libre après plus de huit mois de prison, quelle est votre réaction?

Maurice Kamto: Je n’ai pas de réaction particulière. Il fallait bien que cette détention illégale et injustifiée prenne fin à un moment donné et elle a pris fin. Tant mieux.

RFI: Saluez-vous le geste du Président Biya?

Maurice Kamto: Que faut-il saluer là-dedans? Saluer que l’on vous restitue votre liberté après neuf mois de détention injustifiée, illégale, à la suite d’une arrestation arbitraire? Je ne vois pas un geste ou un acte de magnanimité quelconque.

RFI: Mais, il aurait pu ne pas vous libérer…

Maurice Kamto: Il aurait pu, mais il l’a fait. Que voulez-vous que je dise de plus?

RFI: Certains y ont vu un geste d’apaisement.

Maurice Kamto: Tant mieux s’ils voient ça de cette façon. Mais ce ne sont pas eux qui étaient en prison. C’est moi et mes camarades et alliés. Au moment où nous parlons, il y a encore des gens en détention. Nos camarades, près d’une quarantaine encore détenus. Quelques-uns ont été mis en liberté, mais en liberté provisoire. Ce que nous attendons pour eux, c’est leur liberté totale, c’est-à-dire l’arrêt des poursuites ou l’abandon des charges; en tout cas, leur mise en liberté définitive.

RFI: Allez-vous continuer à contester les résultats de la présidentielle de l’an dernier ou allez-vous tourner cette page?

Maurice Kamto: Qu’est-ce qui a amené la contestation des résultats de la présidentielle de l’année dernière? Est-ce que ce qui était à l’origine de la contestation a été réglé? J’avais tendu la main pour que l’on solde le passif de cette élection. Personne n’a jamais saisi ma main. Cette main reste tendue d’ailleurs. Mais il ne faut pas me demander de tourner une page qui refuse de se tourner. Ce n’est pas nous qui refusons de tourner la page.

RFI: Mais les manifestations, est-ce que c’est terminé?

Maurice Kamto: La résistance nationale va se poursuivre dans les formes et les modalités que nous indiquerons le moment venu.

RFI: Votre libération a-t-elle été le résultat d’un accord avec la Présidence?

Maurice Kamto: Je suis formel: nous n’avons eu de pourparlers avec personne.

RFI: Le Président Macron a-t-il eu raison, selon vous, de rencontrer le Président Paul Biya à Lyon?

Maurice Kamto: Je n’ai pas à juger les actes du Président français. Je n’étais pas à Lyon et je ne sais pas ce qu’ils se sont dit là-bas.

RFI: En tout cas votre libération est l’un des éléments qui semble avoir ouvert la voie à cette entrevue.

Maurice Kamto: Si c’est le cas, je m’en réjouis.

RFI: Vous demandez aujourd’hui la libération de tous les prisonniers politiques, y compris celle des leaders comme Sisiku Ayuk Tabe. Vous l’avez rencontré en prison?

Maurice Kamto: On partageait la même cour. Donc il aurait fallu être particulièrement impoli ou mal poli pour qu’à un moment ou à un autre on ne se dise pas bonjour. J’ai le sentiment profond que tant que le dialogue en vue d’une résolution des crises multiformes qui affectent notre pays; pour le volet de la crise anglophone, n’implique pas les leaders des groupes armés (séparatistes, fédéralistes etc.) sur des négociations sur la forme de l’Etat, nous n’aurons pas une paix durable dans ces régions. La solution militaire, si l’armée déploie des moyens supplémentaires, peut peut-être conduire à des accalmies. Mais, ça ne règlera pas en profondeur la question. C’est dans ce cadre que nous demandons, parce que nous croyons que c’est nécessaire, la libération de Ayuk Tabe Sisiku et les autres.

RFI: Les séparatistes rejettent les conclusions du Grand dialogue national. Est-ce que selon vous, la décentralisation, avec un statut spécial pour les deux régions anglophones, peut aider au règlement de la crise tout de même?

Maurice Kamto: Le dialogue attendu n’a pas eu lieu. Fallait-il attendre près 3 000 morts, quelques millions de déplacés internes, près de 40 000 réfugiés au Nigeria, 300 villages rasés, trois années de scolarisation perdues, des pans entiers de l’économie effondrés, pour venir servir une solution qui est contenue dans la Constitution de 1996? Donc, il n’y a rien de nouveau. Il me semble, c’est parce qu’on n’a pas apporté les solutions espérées, que le débat attendu n’a pas eu lieu, qu’il n’y a pas encore la paix dans la région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Tout au contraire, la violence s’est accrue.

RFI: Mais les Camerounais se sont parlé tout de même, un travail a été fait. Est-ce que ça, vous le reconnaissez?

Maurice Kamto: Les Camerounais d’un même parti politique qu’on a choisis en essayant de panacher avec quelques personnes? C’est ça les Camerounais qui se sont parlé? J’aurais bien voulu que les solutions du Grand dialogue national soient satisfaisantes pour ceux qui ont pris les armes, en tout cas, pour les contestataires des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Je constate que la situation s’est plutôt aggravée sur le terrain… Au final, il faut discuter franchement avec les gens. Partout ailleurs, dans ce genre de crise, on appelle les acteurs et on discute franchement autour d’une table, mais pas dans le but de faire une manœuvre ou de la ruse politique. Il y a des choses sur lesquelles on ne fait pas de la ruse politique.

RFI: Quand vous avez entendu le Sultan des Bamoum, Ibrahim Mbombo Njoya parlé de la limitation des mandats ou d’introduction du deuxième tour de la présidentielle, ça vous a surpris?

Maurice Kamto: Le Sultan Mbombo Njoya est un homme politique expérimenté. Je signale qu’il a plus de 80 ans, qu’il a occupé divers postes ministériels dans ce pays, qu’il a été ambassadeur, président de la FECAFOOT… Il ne parle pas à la légère, c’est un homme réfléchi. Donc, il a tenu des propos de sagesse et de bon sens. Et je me réjouis qu’il ait pu tenir ses propos.

RFI: Est-ce qu’il faut s’attendre à du nouveau de ce côté-là?

Maurice Kamto: Il faut s’y attendre d’autant plus que, comme je vous ai dit, le dialogue n’a pas du tout eu lieu. Le dialogue est à venir, parce qu’il est inévitable. Un vrai dialogue inclusif devra avoir lieu au Cameroun pour que nous résolvions de manière sérieuse, profonde et définitive nos problèmes.

RFI: Et s’il devait y avoir un gouvernement d’ouverture comme certains l’imaginent déjà, est-ce que vous pourriez y participer si on vous en faisait la demande?

Maurice Kamto: La lutte politique que nous menons, c’est une lutte au service du peuple Camerounais. Ce n’est pas une lutte pour avoir un portefeuille ministériel. L’impératif, c’est la réforme consensuelle du Code électoral dans notre pays avant les prochaines élections. Si elle n’a pas lieu, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets demain, et on ira au-devant de crises électorales multiples. En plus, si on ne le fait pas, les populations anglophones ne pourront pas participer aux élections dans les conditions décentes. Organiser les élections dans ces conditions, serait valider la partition du pays.

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