Farshid Ella Médjo : «Quand on se retrouve face à une série de dossiers irrecevables on a un dégoût du contentieux»

Présidentielle 2018. Farshid Ella Médjo : «Quand on se retrouve face à une série de dossiers irrecevables on a un dégoût du contentieux»

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Avis d’observateur sur scrutin du 07 octobre dernier avec le conseil constitutionnel en charge de proclamer le résultat.


Farshid Ella Médjo
Analyste politique


Le conseil constitutionnel a été au centre des débats politiques depuis quelque temps, quel peut être votre avis sur la gestion des différents contentieux ?
Il faut le dire, c’est l’une des phases les plus délicats, la gestion du contentieux post électoral. Pour ceux des citoyens camerounais qui ont suivi où alors vécu le déroulement du scrutin du 07 octobre dernier en tant qu’électeur, il peut y avoir de  observations pertinentes à faire. Ce qui veut dire que quand on se retrouve face à une série de dossiers irrecevables on a un dégoût du contentieux, et on se dit si ça valait la peine. Il y a qu’en même certains éléments qui auraient pu être pris en compte pour plus de crédibilité pour ce conseil constitutionnel (Cc) aux yeux non seulement des citoyens camerounais, mais du monde entier qui a suivi le déroulement. Sur la forme, on ne peut pas refuser au Cc d’être dans son rôle. Il ne faut pas oublier que ce type de structure au-delà de faire du droit, du contentieux est un dispositif qui a pour rôle la stabilité, l’organisation, la continuité et l’efficacité de l’état. Vu dans  ses missions là, suivez tout simplement mon regard et on ne saurait scier la branche sur laquelle on est assis. Parmi les anomalies, il faut voir comment on y devient membre de ce Cc. Ce n’est pas par une élection d’un collège de pairs, mais par une simple signature ce qui vous amène à une obligation de rendre compte au « maître ».  S’il est en compétition avec les autres déjà, il a vos faveurs de manière instinctive. Que ce soit maintenant des annulations des recours complète ou partielle, dans un autre prisme du droit on pouvait voir autrement et redire quelque chose en vue de la confortation de la démocratie.


Pour les prochaines échéances comment faire pour aboutir à quelque chose de moins salée ?
Il faut revoir tout le dispositif organisationnel, les lois, les structures en charge de l’organisation des élections et qu’il y ait une volonté réelle à œuvrer pour un jeu juste et équitable. Puisque là, vous ne nommez pas des gens pour qu’ils servent les autres que non. C’est bien là qu’entre en jeu la volonté de la conservation du pouvoir. Vous n’utiliserez que des éléments qui vous sont favorables, ça coince donc au niveau des critères de choix des personnes appelées à porter cette responsabilité suprême. Du coup, même si un autre système arrivait à passer avec le même dispositif légal et logistique, le résultat sera le même. Il est donc question de réinterroger les lois électorales, tout ce qui encadre avec l’organisation des élections, la gestion du bien commun pour qu’elles soient réactualisées et adaptées au contexte de la modernité. C’est ça le début de l’indépendance et de la séparation des pouvoir, ce qui donnerait des coudées franches à une prise de décision. Il peut arriver qu’il y ait des dysfonctionnements même dans les vieilles démocraties, c’est le taux de ceux-ci qui déclenche l’alarme ou pas.


Un autre acteur est entré en jeu, c’est l’abstention que pensez-vous de celui là ?
Aller voter est un devoir citoyen mais qui n’est pas obligatoire, on va choisir aller voter ou pas. Plusieurs éléments entrent en compte dans cette psychanalyse d’abord, l’effritement de la confiance de la crédibilité du système de manière globale. Parce qu’on n’est plus sûr que son suffrage est pris tel qu’exprimé, on pense ainsi ne pas prêter un flanc à une pratique de vote pour vote, que non. Alors ce jour, on reste chez soi et on s’occupe à d’autres choses en croisant les doigts que le temps puisse vite passer. Si on revient un peu plus en arrière en 2011, le sommier électoral n’était pas loin des 6.598.553 inscrits pour l’élection de 2018. Ce qui veut tout simplement dire qu’à cet intervalle de temps peu de citoyens sont arrivés à la majorité électorale où alors que la structure en charge n’a pas agi pour des inscriptions massives. D’autant plus qu’on avait déjà un sommier qu’on contrôlait nettement mieux. Ainsi, le doute sur le système, sur les différents candidats émousse l’engouement que peut avoir les électeurs à exprimer leur droit de citoyen aussi. Avec cette crise de confiance, il faut repartir sur de nouvelles bases, dans la sensibilisation à travers un travail de fond. Ce qui crédibiliserait le système et pourra attirer à nouveau les citoyens à s’y intéresser.
 

Propos recueillis par
Jacques Pierre SEH
 
 

Opinion