Ma captivité, ma révolte !

Affaire Kamto. Ma captivité, ma révolte !

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« On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin ». Voilà.

La similitude est toute faite avec le principal personnage du célèbre écrivain Joseph Kafka, dans son déroutant et non moins passionnant roman Le procès. C’est bien ce qui est arrivé à mon jeune frère L. L., après avoir bravé haut la main son stage de perfectionnement à l’IRTS de Paris en France, non content de l’avoir abusivement rétrogradé dans l’administration au moment même où il attendait une promotion naturelle et méritée, a été appréhendé alors qu’il projetait de se rendre à Douala, la capitale économique de son pays, le Cameroun, le 26 janvier 2019.

Oui, au motif qu’il ferait partie de la marche « illégale » organisée ce jour-là par le principal opposant au régime de Yaoundé, il a disparu des radars. Et ce n’est que plusieurs jours plus tard, que, par pur hasard ; mais sans doute par humanisme, un de ses geôliers, qui visiblement est un camarade, m’a informé de son lieu de captivité. J’y suis allé juste pour voir. Passé toutes les péripéties à l’entrée de ce bataillon de la police destiné au grand banditisme, j’ai pu effectivement le voir : le pauvre était méconnaissable ! Ce grand garçon plein de vie, calme et à mon opposé, opposé aux révolutions, était totalement décomposé, sale, et saignant... Il ne s’était pas alimenté depuis au moins trois jours et n’avait pris aucune douche. J’étais sans voix. Lui aussi. Et on ne savait pas exactement jusques à quand il serait « gardé » là, ni comment devrait-on procéder pour le sortir de là…car, en pareilles circonstances, la loi n’est rien, seule la « hiérarchie » vaut.

Oui, ne t’y méprends pas, ce pays est en proie à l’une des dictatures les plus féroces de la planète enrobée dans un oripeau de démocratie.

(…) J’ai pu rencontrer le commissaire du gouvernement. Lui qui, dans le cadre d’une procédure militaire, est le pendant de ce qu’est le parquet dans le contexte d’une procédure civile. Je devais absolument le voir, parce qu’il a la compétence liée en matière de délivrance du droit de visite en ce qui concerne les personnes, y compris les civiles comme mon frère, appelées à comparaitre devant le tribunal militaire. Oui, je dis, un tribunal martial pour juger des civils, au 21ème siècle, tu n’y crois pas ? En tout cas, je désirais un droit de visite permanente pour rencontrer mon captif de frère. Mais, je n’obtins qu’un droit de visite d’une semaine « éventuellement renouvelable », pour moi et pour la famille nucléaire.
Cahin-caha, sans la moindre fine-bouche, nous rassemblâmes tous les éléments de sa défense et programmâmes les rotations liées à son entretien alimentaire et à sa sécurité psychologique. Voilà ce que nous pouvions faire. Et alors que nous pensions que les donneurs d’ordre retrouveraient le grain d’humanité qui sommeille en chacun de nous, le 12 février 2019, à 23 heures précises, à peine 5 minutes après être passé devant le commissaire du gouvernement, il a été inculpé pour « insurrection », une infraction dont le maximum de la peine est de 20 ans d’emprisonnement, et jeté en détention provisoire à la tristement prison centrale de Yaoundé,

la capitale. Là même où la crasse se la dispute aux reptiles, là où les régimes successifs de mon pays firent parler urbi et orbi la foudre et la glace aux « subversifs » qui osèrent braver « la légitimité des autorités légalement constituées ».
Comme cela est perceptible, je n’y pouvais rien et ne peux rien jusqu’au jour d’aujourd’hui. Lorsqu’on sait que près de 65% des pensionnaires de ladite prison sont des prévenus, parmi lesquels au moins 50% n’ont jamais eu le « bonheur » ne serait-ce que d’être présenté devant un juge, l’on comprend que seule la providence et les pressions extérieures pourraient aider, comme pour tous les autres, à le sortir de ce cachot.
Non, je le dis, celui-là, contrairement à moi qui ai fait plusieurs travaux de commande pour l’opposition dont j’ai du reste beaucoup de sympathie, n’est, ni de près, ni de loin, concerné par les affaires politiques. Et, quand bien même il aurait « pactisé avec le diable » appelé « opposition », en quoi est-ce que cela devrait être un crime ? La DDH n’autorise-t-elle pas les marches sans aucune contrepartie ? Pourquoi mon pays qui a ratifié cette Déclaration qui, selon sa Constitution est au-dessus des lois, devrait-il interdire aux citoyens de s’exprimer pacifiquement et à mains nues ? N’ai-je pas appris de ceux-là, que ce qui n’est pas interdit est permis ? N’ai-je pas appris la hiérarchie des normes qui fait des lois, des normes inférieures aux conventions internationales « régulièrement ratifiées » ?
C’est ici que l’Europe, qui « n'est pas le pays de cocagne », mais qui a une responsabilité historique par rapport à ce continent, devrait pouvoir se rendre compte à quel point elle doit s’investir pour « imposer » enfin, ici et maintenant, son idée « civilisatrice » pour une meilleure prise en compte de la volonté réelle du peuple profond, celle de cette majorité silencieuse qui n’aspire qu’à un mieux-être, un mieux-vivre, lesquels passent par le choix responsable de ses propres dirigeants et l’exploitation autonome de ses nombreuses et prestigieuses ressources. Car, sans le savoir, en raison de ce que le monde est aujourd’hui « un village planétaire », si elle reste les bras croisés, elle serait, sans le vouloir, la conséquence première des effets liés aux crises inévitables qui s’en suivront. Or, rendu à ce stade des opérations, elle ne pourrait rien y faire, et ce serait alors le début des conflits les plus complexes dans le monde, une sorte de quadrature du cercle en somme.
Mais, encore une fois, de tout ça, ce grand garçon intelligent, plutôt considéré comme un « mou », n’a pas de « ngnac », il n’a pas la nyctalope pour les questions de révolution. Son unique tort est d’avoir été matériellement trop près des marches de cette opposition-là. Moi, en revanche, déjà au lycée, je me souviens avoir été à l’origine d’une grève qui, une fois tassée, avait emporté le proviseur qui, visiblement tentait de dissimuler la quote-part destinée à la coopérative dont j’assurais le secrétariat général, déjà ! J’aurais donc été arrêté que cela n’aurait surpris personne, je veux dire que des gens auraient compris ça. Mais, lui, mon petit L. que je connais si bien, de grâce…, pas lui !
Comment donc faire pour rester serein dans un tel contexte marqué par des troubles sérieux, pour dire le moins, dans la partie anglophone du pays, où j’ai, comme plusieurs de mes concitoyens, de la famille, et doublé d’une crise économique des plus sévères que mon pays n’ait jamais, à ma connaissance, connue ?

Dans ce labyrinthe propre aux fins de règnes longs, vils et virils, je dois pourtant tout faire, me surpasser pour retrouver mon équilibre et reprendre mon rythme habituel, y compris en m’obligeant quelques plages de réclusions volontaires. N’est-ce pas cette force intérieure que voulut nous enseigner Vigny dans Les Destinées, lorsque, dans une posture stoïque, il déclara : « Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu t’appeler. Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler » ?

Mais au fond, que ferai-je alors de mon frère ? Est-ce vraiment encore ça…l’humanité ? Ah ! L’Afrique « berceau de l’humanité »… mon continent et mon pays … vive la République !
À suivre…
 

© Emmanuel Mimbè

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