Scandale ENAM. L'ENAM ne construit pas les écoles dans le Nord ou ailleurs au Cameroun

cameroun24.net Lundi le 19 Octobre 2020 Opinion Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
Quel était l'objectif de la politique d'équilibre régional ? : il me semble que cette option mise en place sous le président Ahidjo visait par une sorte d'affirmative action - discrimination dite positive - à la camerounaise, d'assurer une représentation des différents provinces, communautés et terroirs de notre pays dans les administrations publiques.

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Cela sur une période précise permettant le rattrapage des zones sous-scolarisées d'alors - l'Est et le Grand Nord en l'occurrence -, le temps que l'on construise les infrastructures en nombre suffisant à travers la République.

Cette politique était donc ponctuelle, assortie d'un plan, celui visant de façon structurelle à développer massivement l'éducation dans notre pays afin d'assurer une égalité des chances pour tous les Camerounais. De l'équité aussi.

40 ans après, en lieu et place d'une évaluation rigoureuse et sérieuse de cette politique, suivant ses objectifs, persiste une logique d'archipelisation de la République : chacun veut une place pour son fils, ses enfants, ses protégés du village, de l'ethnie, de la tribu ; chaque région veut placer ses enfants à l'ENAM et dans ce que l'on appelle les grandes écoles.

Et pour cause ? Au fil des ans, cette école, mammouth de la république, est devenue l'une des rares possibilités de mobilité sociale à la vitesse du son au plus haut niveau de la fonction publique et de la magistrature, d'enrichissement rapide par les régies financières - la fameux douanier de Bonamoussadi -, de prestige social, de sécurité de l'emploi surtout. L'Enam, au fil de l'eau des scandales des résultats mystérieux du concours d'entrée, est devenu l'ascenseur des fils de hautes personnalités et de leurs protégés, y compris le chef de l'Etat qui a réussi à y placer deux de ses enfants, devenues hélas, élèves fantômes.

Dès lors, grisés et enivrés uniquement par les belles promesses de réussite sociale qu'offre cette grande école, la focale de tout le pays s'est fixée sur les résultats du concours, et avant, sur les tuyaux pour, comme l'essentiel des pontes du Rdpc et de l'Etat, placer ses gens. Personne donc, parmi les sénateurs et les députés, les ministres de la fonction publique notamment, n'a songé à des questions essentielles et fondamentales :
- Quel est le bilan de l'équilibre régional sur 40 ans ?
- A t-il favorisé la cohésion nationale, réduit les inégalités ?
- A t-il permis d'améliorer la qualité de la fonction publique, des politiques publiques, des cadres de l'Etat ?
- L'Est et le Septentrion ont-ils rattrapé leur retard en matière d'alphabétisation, de scolarisation et d'accès aux études supérieures ?
- Combien d'écoles et d'établissements viables, fonctionnels et modernes ont-ils été construits dans cette perspective ?
- Comment endiguer l'opacité et les scandales liés aux résultats aux concours, etc ?
Sans égrener tout le chapelet des questions objectives sur ce dossier, il me semble que le débat sur l'ENAM devait se situer autour de ces questions. Sinon, comme à notre habitude, en réaction à la crise du NO.SO et à ce qu'ont obtenu " les anglophones ", ou pour sortir du supposé face à face Béti-Bami, on aura toutes les semaines un nouveau Collectif régional, ethnique ou tribal, porté par un Camerounais sympathique et de talent qui fera le décompte des siens sur le babillard des résultats à l'Enam et dans d'autres grandes écoles.
Dans ce Cameroun qui avait quelques iles et qui devient un archipel de revendications particularistes, régionalistes, communautaires et ethniques, on préfère désormais, donc, toucher le fond plutôt que les débats de fond. Si nous avons encore une once de sursaut, comme ces pépites d'or de l'Est, pillées et qui pourtant peuvent permettre de construire écoles et fournir emplois décents à des jeunes obnubilés par l'Enam, mettons ces sujets sur la table. Alors, aux recours devant les tribunaux, on substituera la justice, sociale. Celle qui est une garantie pour tous et non uniquement pour ses frères et sœurs du village et de la région.
 

A. Moundé Njimbam
Journaliste / Consultant-chercheur en géopolitique, relations internationales et histoire globale. Spécialiste des politiques et du droit de l'espace

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