Crise anglophone. Le père Ludovic Lado marche pour la fin de la guerre dans les régions anglophones du Cameroun

cameroun24.net Lundi le 12 Octobre 2020 Opinion Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
Dans une tribune dont cameroun24 a reçu copie, il invite les camerounais à oeuvrer pour mettre aux souffrances de leurs compatriotes des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest.

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LETTRE OUVERTE D’UN PRETRE CATHOLIQUE QUI MARCHE
« LEVE-TOI ET MARCHE » (Jn 5, 8)


Chers Compatriotes,  
Quand vous lirez ceci, je serai déjà en chemin, pour faire ma part. Je vous écris fraternellement pour partager avec vous l’esprit du pèlerinage de la fraternité et de la réparation que j’entreprends à pied ce 12 octobre 2020, de Douala à Yaoundé, pour prier, d’une part, pour le dialogue, la justice, la paix et la réconciliation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun et, d’autre part, pour faire pénitence pour la réparation des crimes contre la dignité humaine commis dans ces régions particulièrement. Je puise dans ces valeurs chrétiennes qui sont simplement humaines : fraternité, dialogue, justice, réconciliation, paix.

« Lève-toi et marche » (Jn 5, 38) disait Jésus au malade qui, comme notre pays, avait attendu la guérison pendant 38 ans. Au commencement de la crise anglophone, vous vous souvenez, était une marche pacifique réprimée. Et depuis un peu plus de quatre ans le sang coule dans le NO/SO. Récemment encore plusieurs centaines de manifestants pacifiques ont été arrêtés et croupissent dans les cellules infectes de notre pays. Je marche pour que le sang humain cesse de couler dans notre pays. Je marche pour que le droit constitutionnel de manifester pacifiquement au Cameroun soit respecté. Je marche en solidarité avec les déplacés internes et les réfugiés de la crise anglophone. Je marche pour exorciser en moi et en nous le démon de l’indifférence. Marcher n’est pas seulement un droit humain mais divin. Je marche pour que ça marche.

Le thème général de ce pèlerinage est « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9), question que Dieu posa à Caïen qui venait de tuer son frère. Je me réjouis particulièrement de la sortie récente de l’encyclique du Pape François « Fratelli Tutti » (Tous frères) sur la fraternité et l’amitié que je lis et médite avec beaucoup de saveur pendant ce pèlerinage. Oui, où sont nos frères et soeurs du NO/SO ? Certains sont morts, souvent dans des conditions atroces ; d’autres sont restés au pays mais dispersés dans nos villes et campagnes, souvent à nos portes ; d’autres encore sont réfugiés hors du pays.  La plupart sont restés dans le NO/SO où leur dignité est quotidiennement éprouvée par la précarité. Face à tout cela un pasteur peut-il rester tranquille ? Mon cœur me répond NON ! J’ai donc décidé d’entreprendre ce pèlerinage que j’offre au Seigneur Jésus Christ, le prince de la paix, de la justice et de la miséricorde, comme les cinq pains et deux poissons des apôtres dans les Saintes Ecritures (Lc 9, 16). Il en fera ce qu’il voudra.  

Pour le volet pénitence, j’ai été fortement encouragé récemment par la journée nationale de jeûne et de prière organisée par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis en vue de réparer le péché du racisme et de renouveler son engagement pour la justice raciale. En effet, en méditant sur le passage de la Genèse d’où est tiré le thème général de ce pèlerinage,  j’ai été touché par l’évocation des conséquences sociales et cosmiques de tout crime de sang : « Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi! Maintenant donc, sois maudit et chassé loin de cette terre qui a ouvert la bouche pour boire le sang de ton frère, versé par ta main. Tu auras beau cultiver la terre, elle ne produira plus rien pour toi. Tu seras un errant, un vagabond sur la terre. » (Gn 4, 10-12). Notre sol est désormais maudit par le sang des innocents. Je marche donc aussi pour faire pénitence pour la réparation des crimes de sang commis contre les innocents dans le cadre de cette sale et inutile guerre du NO/SO.

Enfin, la première phase de ce pèlerinage qui a lieu ce mois d’Octobre me conduit de Douala à Yaoundé, le cœur des institutions politiques dont la première vertu, nous le dit Paul Ricoeur, doit être la justice sociale. Je voudrais vous rassurer que même si je suis un ardent défenseur de l’alternance politique comme indicateur de toute saine démocratie, je ne marche pas pour demander le départ de ceux qui sont au pouvoir. Ce n’est pas mon rôle mais celui des politiciens. Mais je n’oublie pas que c’est un politicien qui a fait tuer Jésus Christ pour contenter le clergé de ces temps-là.  Le point culminant à mon arrivée à Yaoundé sera la visite que je rendrai à M. Bibou Nissack, détenu au SED, symbole de plus de 600 détenus de la marche du 22 septembre 2020. Je marche aussi pour la libération de tous ces détenus.
Enfin, cette phase de mon pèlerinage est aussi ponctuée d’une levée de fonds pour contribuer à la scolarisation des enfants des déplacés internes dans les autres régions du Cameroun. Cet élan de générosité est l’expression et l’incarnation même de notre fraternité, car, en effet, nous sommes « Tous frères », comme vient de nous le rappeler le Pape François dans sa belle et providentielle encyclique. Et parlant d’incarnation, Jésus s’est incarné pour se faire notre frère et nous apprendre à appeler Dieu « Notre Père ». Je marche pour partager un tout petit peu la condition de nos frères et sœurs du NO/SO, déplacés internes ou réfugiés, qui vivent dans la précarité depuis un peu plus de quatre ans. Vous pouvez contribuer à la mesure de vos possibilités aux numéros suivants : 6 83 91 80 56 / 6 97 21 04 80. En sponsorisant un pas, vous offrez un cahier ou un livre à un enfant déplacé interne.
Voilà, chers confrères, le sens de cet exercice spirituel et humain. Je sollicite humblement vos prières pour que mon offrande soit agréable à Dieu comme celle d’Abel et que cette guerre fratricide qui viole la dignité humaine puisse enfin prendre fin pour céder la place aux négociations de paix et au travail de réconciliation. Nous sommes tous frères et sœurs (Fratelli Tutti). Que Dieu vous bénisse !
 

Fraternellement,
Ludovic Lado SJ


OPEN LETTER OF A WALKING CATHOLIC PRIEST
“RISE AND WALK” (Jn 5, 8)


Dear Compatriots,
When you read this, I will already be on my way. I am writing to share with you the spirit of the pilgrimage of brotherhood and reparation that I am undertaking this October 10, 2020, from Douala to Yaoundé. I am walking to pray and plead on the one hand for dialogue, justice, peace and reconciliation in the North-West and South-West of Cameroon and on the other hand to do penance for the reparation of crimes against human dignity committed in these regions. I am drawing inspiration from those Christian values which are simply human values: peace, dialogue, justice, reconciliation, brotherhood.  
“Rise and walk” (Jn 5, 8) said Jesus to the sick person who, like our country, had waited for healing for 38 years. At the beginning of the Anglophone crisis was a repressed peaceful demonstration and since then human blood has been flowing in the NW / SW regions. Recently, several hundred peaceful demonstrators were arrested and are languishing in the infected cells of our country. I walk so that human blood stops flowing in our country. I walk so that Cameroonians may again freely exercise their constitutional right to peacefully demonstrate. Morover, to walk is a divine right. I walk in solidarity with internally displaced and the refugees of this useless war. I walk to exorcise in me and in us the demon of indifference.
 The general theme of this pilgrimage is “Where is your brother? »(Gn 4: 9), a question that God put to Caien who had just killed his brother Abel. I am particularly delighted with the recent release of Pope Francis' encyclical "Fratelli Tutti" on brotherhood and friendship which I am reading during this pilgrimage. Yes, where are our NW/SW brothers and sisters? Some died, often in atrocious conditions; others remained in the country but are dispersed in our towns and countryside, often at our doors; still others have taken refuge outside the country. Most are in the NW/SW where their dignity is tested daily by precariousness. In the face of all of this, I am unable, as a pastor, to rest. I have therefore decided to undertake this pilgrimage which I offer to the Lord Jesus Christ, the Prince of Peace, justice, reconciliation and merci, as the five loaves and two fishes of the apostles in the Holy Scriptures (Lc 9, 16). He will do with it whatever he wants.
For the penance component of it, I was recently greatly encouraged by the national day of fasting and prayer decided by the United States Conference of Catholic Bishops to end the sin of racism and renew its commitment to seek racial justice. In fact, while meditating on the Genesis passage from which the general theme of this pilgrimage is taken, I was touched by the evocation of the social and cosmic consequences of fratricidal murder: “And the LORD said, “What have you done? The voice of your brother’s blood is crying to me from the ground. 11And now you are cursed from the ground, which has opened its mouth to receive your brother’s blood from your hand.  When you work the ground, it shall no longer yield to you its strength. You shall be a fugitive and a wanderer on the earth.” (Gn 4, 10-12). Our land is cursed by the blood of our innocent brothers and sisters. Therefore, I walk also to do penance for the reparation of blood crimes committed against innocent people in the context of this war.
Finally, the first phase of my pilgrimage which takes place this October will take me from Douala to Yaoundé, the heart of political institutions, whose first virtue, Paul Ricoeur tells us, should be social justice. But let me reassure you that even though I am a staunch defender of power change as an indicator of any healthy democracy, I am not walking to chase anybody from power. It is not my role but that of politicians. But I don’t forget that it was a politician who had Jesus Christ killed to please the clergy of those days. The highlight when I arrive in Yaoundé will be to pay a brotherly visit to M. Bibou Nissack detained in the infamous cells of SED, symbol of all the detainees of the recent peaceful demonstrations of September 22, 2020. All arrested should be freed.
Finally, this phase of my pilgrimage will also be punctuated by fundraising to contribute to the education of children internally displaced in other regions of Cameroon, now that schools are reopening. This outpouring of generosity is the very expression and incarnation of our brotherhood, for, indeed, we are "All brothers”, as Pope Francis has just reminded us in his beautiful and providential encyclical. And speaking of incarnation, Jesus incarnated himself to become our brother and to teach us to call God "our Father". I walk to share a little bit the condition of our brothers and sisters of the NO/SO, internally displaced or refugees, who have been living in precariousness for a little over four years. You can contribute at the following numbers: 6 83 91 80 56/6 97 21 04 80. By sponsoring a step of my pilgrimage, you offer an exercise book or a book to an internally displaced child.
This, dear brothers, is the meaning of this spiritual exercise and I beg you to pray for me that my offering may be pleasing to God like that of Abel and that this fratricidal war which is violating human dignity can finally come to an end and give way to peace negotiations and reconciliation work. Stay blessed!
 

Brotherly yours,
Ludovic Lado SJ

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