Joseph Antoine Bell analyse la situation du groupe B

Joseph Antoine Bell analyse la situation du groupe B

Joseph Antoine Bell est des meilleurs consultants et connaisseurs du football africain. Ses analyses sur RFI sont prisées des auditeurs, car elles sont très pertinentes et sans complaisance. Dans cette interview, il donne sa vision de la décantation du groupe B avec l?élimination du Sénégal.

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Joseph Antoine Bell, qu’est-ce qui peut justifier l’élimination du Sénégal, une équipe classée parmi les favoris, au premier tour de cette CAN 2012 ?



Joseph Antoine Bell : Simplement que le Sénégal a perdu. Le Sénégal a moins bien joué que la Guinée-Equatoriale. Je pense que finalement le match s’est transformé en confrontation de la force et de la méthode. D’un côté, il y avait des garçons qui ont montré qu’on leur avait inculqué une méthode pour jouer, donc appliqués. Et de l’autre, il y avait beaucoup de joueurs talentueux qui se débattaient pour y arriver.



La défaite d’entrée contre la Zambie n’a-t-elle pas mis trop de pression sur cette équipe ?



Forcément elle met la pression. Mais il ne faut pas oublier une chose. Si pression il y a, comment le Sénégal arrive-t-il à égaliser dans les arrêts de jeu ? C’est dire que cette pression n’était pas de trop ! C’est une question de méthode. La volonté, les Sénégalais l’avaient. Je pense que les joueurs sénégalais, on a difficilement quelque chose à leur reprocher, individuellement parlant. Ils ont tout donné chacun, mais c’est collectivement que ça n’a pas fonctionné. Parce que probablement, on n’a pas cherché à combiner des choses.



Etes-vous d’avis avec ceux qui incriminent les choix tactiques de l’entraîneur sénégalais, Amara Traoré ?



Encore faudrait-il qu’il y en ait eu. Moi, je ne sais pas s’il y en a eu. Les choix tactiques, ce ne sont pas les joueurs. Généralement, les profanes, quand ils commencent à vous dire «les choix tactiques», eux, ils pensent que tel joueur aurait été mieux à la place de tel autre. Mais ils oublient qu’entre le premier match et le deuxième, il y a eu beaucoup de changements, qu’à l’intérieur du premier match lui-même, il y a eu beaucoup de changements de joueurs et qu’à la fin, ça n’a pas donné grand-chose. Donc, avant de changer de joueurs, il faut avoir pensé à un style de jeu, à une manière de faire, et savoir comment y arriver. Je ne crois pas que ce soit les joueurs. Il n’y a pas à accabler un élément en particulier.



Pour sa première CAN, la Guinée-Equatoriale déjoue les pronostics du groupe A et s’offre les quarts de finale. A quel niveau réside la force de cette équipe ?



Je crois que l’équipe équato-guinéenne, avant toutes les autres qualités, a celle d’avoir un plan de jeu, un fond de jeu et une idée du jeu. Et ensuite, elle est motivée, déterminée et solidaire.



Avec l’élimination du Sénégal dès le premier tour, doit-on s’attendre à des surprises dans ce tournoi ?



Les surprises, il y en avait déjà dès le départ. Puisqu’il y a des éliminés qu’on attendait ici. Donc forcément, il y aura des surprises. Mais, il y a des chances que, quoi qu’il arrive, ce soit quelqu’un d’attendu qui gagne la compétition à la fin.



Jusqu’où peut aller cette équipe équato-guinéenne ?



Elle a bientôt atteint sa limite. Mais elle a déjà réalisé un exploit. Avec ses deux matchs, deux victoires, première équipe qualifiée, je crois qu’on doit lui tirer un grand coup de chapeau. Maintenant, il sera important qu’on ne la surcharge pas trop d’objectifs. Malheureusement, nous, en Afrique, on ne sait pas fixer des objectifs. On va toujours trop loin et à la fin, on est déçu. Je crois que l’équipe de Guinée-Equatoriale a réussi quelque chose de formidable.



A cette étape de la compétition, comment trouvez-vous le niveau du jeu ?



Il y a forcément de bons matchs et de moins bons. Ce qui est sûr, des équipes comme la Guinée-Equatoriale, le Soudan et le Botswana font plaisir à voir.



Comment avez-vous découvert en vous ce talent de commentateur ?



Ce n’est pas moi qui l’ai découvert. Ce sont les patrons qui recrutent les gens. C’est comme si vous êtes footballeur et l’entraîneur vous dit de jouer à gauche ou à droite. Donc tu le fais et bien. Maintenant, c’est aux autres de s’apercevoir que vous avez du talent et qu’eux, ils en ont besoin. Si vous ne savez pas de quoi vous avez besoin, vous ne ferez pas un bon recrutement.







Interview réalisée à Malabopar

Kader Traoré







Une interview à 3500 F CFA !







Sous contrat avec RFI, c’est assez difficile d’arracher une interview avec Joseph Antoine Bell. Il nous a signifié qu’il a signé un partenariat exclusif avec la radio française, mais se sent mal à l’aise de refuser un entretien avec un média africain. «Vous m’obligez vraiment à travailler comme un vrai africain en France : tu travailles dans la journée pour le patron qui te paye et tu fraudes dans le noir pour faire plaisir à tes frères ou bien pour joindre les deux bouts. Et comme vous y tenez, allez-y me chercher un sandwich et un jus». Sur ce, nous nous sommes exécuté et cela nous a juste coûté 3500F. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas cher payer.



 

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