Le processus électoral, décrit comme une « opération de guerre », mobilise tous les maux : achats de conscience, divisions ethniques, corruption de la jeunesse, dilapidation des fonds destinés aux routes et aux hôpitaux. Puis, après le grand fracas des campagnes, le silence. Un silence lourd, épais, que Bekolo identifie comme du « vampirisme ». Le peuple, vidé de sa sève, erre tel un zombie dans un paysage de désolation : routes en lambeaux, montagnes d'ordures, misère omniprésente.
Le plus terrible n'est pas la violence ouverte, suggère l'auteur, mais ce vide institutionnel qui suit. Un vide que tente de combler un théâtre administratif grotesque. Les ministres prononcent des discours sur « la paix » et « l'unité », utilisant des mots qui semblent leur être étrangers, s'adressant à des fantômes. « Il parle à un pays qu'ils ont déjà tué », assène Bekolo.
La machine étatique tourne à vide. Elle produit des communiqués, inaugure des projets fantômes, organise des cérémonies où l'on danse. « La danse des vampires », ironise-t-il, tandis que les priorités s'inversent : 5 milliards pour le football, mais des impayés à l'Union Africaine. Le gouvernement, tel un « État-spectre », hante ses propres citoyens. Il mime la souveraineté, signe des décrets scannés dont chaque clan détient une version, non pour gouverner, mais pour « affirmer sa propre existence », comblant par le bruit administratif le silence d'un contrat social brisé.
Nous assistons, selon cette analyse impitoyable, à une « post-gouvernance ». Les structures sont là, les titres ronflants aussi, mais elles ne recouvrent plus qu'un « désert social, économique et moral ». Le pouvoir « administre des fantômes, légifère sur des ruines ». Les valeurs sont écrasées, la jeunesse éduquée dans le culte du tricheur érigé en héros, de la corruption érigée en réussite.
Cette « tragédie du vide » est celle d'un décalage abyssal entre le rituel solennel du pouvoir et l'effondrement quotidien. « Atanga Nji aboie, les Camerounais passent », résume Bekolo, dans une formule cinglante. Le pays est une grande maison pillée, dont les voleurs font semblant d'être les propriétaires. Ils ont vampirisé le passé, vampirisent le présent et ont déjà aspiré l'avenir. L'espoir, l'énergie, la fierté. Tout.
Le cri de Jean Pierre Bekolo est plus qu'une dénonciation. C'est un constat d'effondrement systémique. Celui d'un pays sommé de jouer le rôle d'un pays, alors qu'il n'en a plus ni les moyens, ni l'âme. Un pays en coma, dont le seul bruit perceptible est le ronronnement d'une machine à vider les corps et les esprits. La danse macabre des vampires.
Cameroon: The Vampire State, or the Art of Governing a Corpse
Every electoral cycle, the same macabre ritual repeats itself. Cameroon is being drained. Not of its ambitions, but of its very substance, siphoned off by a voracious political machine. Writer and filmmaker Jean Pierre Bekolo offers a scathing diagnosis: the country is a corpse, drained of blood, kept on artificial life support by those very people who bled it dry.
The electoral process, described as a "military operation," mobilizes every evil: buying of consciences, ethnic divisions, corruption of the youth, squandering of funds meant for roads and hospitals. Then, after the great noise of the campaigns, silence. A heavy, thick silence that Bekolo identifies as "vampirism." The people, drained of their sap, wander like zombies in a landscape of desolation: crumbling roads, mountains of garbage, omnipresent misery.
The most terrible thing, the author suggests, is not the open violence, but this institutional void that follows. A void that a grotesque administrative theater tries to fill. Ministers give speeches about "peace" and "unity," using words that seem foreign to them, addressing ghosts. "He speaks to a country they have already killed," Bekolo asserts.
The state machinery is running on empty. It produces press releases, inaugurates ghost projects, organizes ceremonies where people dance. "The dance of the vampires," he ironizes, while priorities are reversed: 5 billion for football, but unpaid dues to the African Union. The government, like a "spectre-state," haunts its own citizens. It mimics sovereignty, signs scanned decrees of which each clan holds a version, not to govern, but to "affirm its own existence," filling with administrative noise the silence of a broken social contract.
We are witnessing, according to this ruthless analysis, a state of "post-governance." The structures are there, the pompous titles too, but they now only cover a "social, economic, and moral desert." The power "administers ghosts, legislates on ruins." Values are crushed, the youth educated in the cult of the cheater erected as a hero, of corruption erected as success.
This "tragedy of the void" is that of an abyssal gap between the solemn ritual of power and daily collapse. "Atanga Nji barks, Cameroonians pass by," summarizes Bekolo, in a cutting formula. The country is a great looted house, where the thieves pretend to be the owners. They have vampirized the past, are vampirizing the present, and have already sucked the future dry. Hope, energy, pride. Everything.
Jean Pierre Bekolo's cry is more than a denunciation. It is a statement of systemic collapse. That of a country ordered to play the role of a country, when it no longer has the means, nor the soul. A country in a coma, where the only perceptible noise is the hum of a machine draining bodies and minds. The macabre dance of the vampires.
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Ange NGO
